Une guyanaise en fuite

7.99 

Née en 1798 sur l’habitation « A Dieu ne plaise », Adélaïde est une esclave des champs. Ses sept enfants ainsi que son compagnon sont vendus en représailles. Révoltée, elle finit par marronner.

Commence alors un long périple, d’abord en pays indien, ensuite avec les marrons qu’elle rencontre. Se noue alors une idylle avec l’un d’eux dont elle aura un fils.

Déterminée à lui assurer un avenir meilleur, elle rejoint la prospère colonie de Mana, fondée par la charismatique Mère Anne-Marie Javouhey.

Parviendra-t-elle à obtenir son affranchissement ?

Plongez avec bonheur dans ce beau récit sur un passé douloureux.

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Description

Sa mère avait toujours travaillé aux champs. Elle en portait les marques : stries violâtres des coups de fouet, suites d’accidents, cicatrices tourmentées, zébraient sa peau et témoignaient autant de ses malheurs que de ses résistances. De taille moyenne, d’aspect tragique de par les plis désabusés qui sabraient son visage, toute la force de sa mère semblait s’être concentrée dans ses membres. Durcis par les travaux, ils semblaient appartenir à un homme. Seul son ventre, mieux que ses seins qu’elle avait plats, trahissait sa féminité. Ses cheveux enfin, contenus dans un madras vieilli, étaient nattés à l’huile de coco. Révélés en fin de journée, quand la coiffe cédait peu à peu, ils achevaient de donner d’elle une impression de sombre rocher parsemé de sel.

Man Dodo l’avait perdue à cette époque-là, justement. Ce jour-là, sa mère s’était plainte au lever. Elle affirmait se sentir si mal que le commandeur, appelé à son chevet, n’avait pu que confirmer. On n’y pouvait plus rien. La purge qu’il lui donna, par habitude plus que par acquit de conscience, n’avait fait qu’empirer les choses. Elle s’était éteinte sans que Man Dodo ait osé faire autre chose que lui caresser les cheveux poivre et sel, doucement, machinalement, maladroitement, plus longtemps qu’elle ne l’avait jamais fait auparavant. Elle aimait sa mère. Elle le découvrit trop tard.

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À perte de vue, des carreaux de canne à sucre frémissaient en se balançant au gré du vent. Le vert doux et lancéolé des feuilles contrastait avec l’horizon trainant sur l’azur d’un jour sans pluie. On constatait avec un sentiment indéfinissable qu’il y en avait pour un bon mois à ramasser, tantôt de la canne à sucre, tantôt de la canne à rhum. Celles destinées à la fabrication du rhum étaient plus lourdes encore. Qui pouvait l’ignorer ? Les bœufs eux-mêmes, jougs en tête, allaient si lentement.

Était-ce la même canne qui avait enchanté son enfance trop courte ? Une friandise sucrée, qui tenait le ventre plein des heures durant et qu’on appelait avec amour « pain et dilaite » ? Assurément non, l’enfance n’était pas l’antichambre de cet enfer.

Man Dodo en était là de ses réflexions quand elle eut de nouveau la surprise de tomber sur un morceau de viande. De la queue-de-cochon salée, cette fois. Elle mangea avec application, trop étonnée de ce nouveau coup de chance pour se précipiter. Elle fit durer le plaisir.

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À les observer, Kodjo et elle, on aurait pu penser qu’ils étaient issus d’un même lignage. Leur complicité était évidente. « Ce petit banc sculpté, oh ! ne dirait-on pas qu’il est fait sur mesure, taillé comme on le ferait d’un pagne ? » Man Dodo, flattée, entrapercevait le fleuve Maroni et pour un peu, aurait cru que ce miroir frémissant trahissait sa secrète joie. Au loin, on entendait gronder le saut, cascade d’autant plus dangereuse qu’elle était inévitable. « Seul moyen de ne pas se faire repérer par nos rires ou les cris des nourrissons ! » Elle partageait leur sentiment de sécurité.

Elle frissonna bientôt sous la bise qui venait du fleuve. Elle figeait la sueur qui perlait sur son front et rendait la lucidité perdue tant elle était froide. Kodjo lui, s’amusait beaucoup. Il l’encourageait à pêcher à même le plat à l’aide d’un gros morceau de cassave et pouffait de rire devant ses embarras.

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A propos de l'auteur : Haimegédéji

Sous le pseudonyme de Haimegédéji se cache une historienne qui possède le rare talent de faire perdre au lecteur toute distanciation critique au profit d’une plongée dans un passé qui, pour tragique et honteux qu’il fût, ne cesse, avec elle, d’être surmonté Née à Cayenne en 1962 de militants de la cause guyanaise, Haimegédéji est une poétesse avant tout. Mère de deux garçons, « sa fille est la Guyane ». À la présidence de l’association des auteurs guyanais depuis 2011 elle ne regrette pas l’enseignement à quoi elle a préféré une modeste carrière de fonctionnaire. Son premier roman jette un éclairage original sur la route des esclavages et de leur abolition.