Une femme de ménage particulière

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Les rencontres entre différents personnages tous plus énigmatiques les uns que les autres, de Martin, juif agnostique, fils de déporté, au docteur Mohammad, communiste libanais reconverti à l’intégrisme musulman, en passant par un étrange retour dans la matrice de Lalla-Fatma, mère magnifiée, mais absente, façonnent ces nouvelles tirées des expériences et du vécu de l’auteure.
De monsieur André aux enseignants et enseignantes, l’inconscient colonial se niche dans les gènes de la jeune Cahina qui livre son enfance au fond d’une classe dérisoire où la rencontre avec l’exclusion et le racisme déroule ces récits en forme de nouvelles. Si Tahar, « l’Algé-rien », immigré en France, transpose toutes ses souffrances sur ses enfants qu’il maltraite ainsi que son épouse.
Ainsi, la douleur, la souffrance mais aussi l’ambition de sortir de ses démons et de se réconcilier avec soi-même, transformeront le passage d’une survie en vie de cette femme rebelle et combattante pour le droit d’être une judéo-musulmane libre.

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Description

EXTRAITS DU LIVRE

L’absence de Rabadja, ce 17 octobre 1961

Il vit la police traquer les personnes qui paraissaient suspectes et les matraquer. Il courut au hasard, assista à des scènes d’une violence inouïe et voulut se renseigner auprès des passants. Difficile d’en savoir davantage. Des femmes et des hommes fuyaient. Quelques-uns prenaient des photos. D’autres secouraient des blessés. Un passant lui tendit Le Figaro du jour. Naïvement, Fournier pensa déjà y trouver le nom de Rabadja. Peut-être ferait-elle partie d’une liste de blessés ou de morts ? Désorienté, il ne savait plus où trouver les infos de cette nuit tragique. La radio serait-elle plus claire dans ses communiqués ? Probablement pas.

 

Chronique d’une douleur quotidienne

Lentement, le temps passa.

Quand Al Amir se rendait devant la mosquée avec les frères, les sœurs devaient désormais baisser leurs yeux quand elles passaient devant les « nouveaux maîtres de l’islamisme ». Lui et ses semblables s’opposaient aux imams. Ceux-ci n’étaient que des hypocrites qui se pliaient aux règles de la République française alors qu’ils auraient dû à tout prix s’opposer à l’assimilation et à l’intégration. Il ne fallait surtout ne pas tomber dans ce piège et succomber aux ruses des kouffars, ces incroyants. La musique était interdite, le cinéma péché. Pour une femme, sortir était gravissime ; cela nuisait aux principes de la sainte charia. Marcher dans la rue près des hommes, ou tout simplement entrer toute seule dans un bistro pour boire un café, relevait du chitan, du diable. Al Amir et les frères qui avaient rompu avec l’Occident entraient lentement, mais sûrement dans une nouvelle voie : le jihad.

De leur côté, l’intégriste et ses acolytes étaient satisfaits. Les frères avaient gagné la bataille. Leur attitude envers les femmes musulmanes était celle qu’il fallait avoir, et le juif, ce fils de pute, serait transformé en suif, en singe ou un chien. Al Amir n’avait que ces mots à la bouche ; il utilisait des versets qu’il trouvait on ne sait où pour confirmer sa haine.

Il le fit savoir à cet enfant d’Israël. Bien qu’insulté, Martin craignait plus pour la peau de sa compagne que pour la sienne. Il comprit que ce soi-disant émir utilisait toutes les ruses pour détruire Cahina.

Les dirigeants fondamentalistes qui connaissaient les pratiques des policiers et leurs préjugés concernant le faciès avaient bien choisi leur homme de main. Al Amir était le quidam banal que personne ne remarquait. Pourtant, il correspondait à un nouveau profil qu’ignorait encore le commun des autorités françaises. Les flics étaient habitués à s’intéresser au basané de base, le modèle caricatural importé par les colons revenus d’Algérie où la distinction d’un type physique faisait partie d’une politique de division bien ancrée : Arabes contre Kabyles. Les intégristes avaient cerné la faille. Ils avaient judicieusement étudié une stratégie nécessaire à la colonisation pour la retourner à leur profit. Cela était devenu pour eux un moyen inusable pour amener à résipiscence leur troupeau de femmes rebelles.

Cahina n’avait jamais caché ni son nom ni son prénom. Elle payait de ce fait l’ignorance délibérée de l’État français pour le fond algérien.

Il continua de cracher le feu de la haine, vociférant encore et encore :

— Ah, chacals et voleurs, ces sexologues… Ces psycho… Ces psycha, avec leur baratin de pédophile, leurs sciences sataniques ! Mais nous les réduirons en cendres. Je jure par Allah que la vengeance d’Allah fondra sur le sol de ce pays diabolique où les infidèles nous gouvernent. Allah les fera tous griller dans le narr, le feu de la géhenne.

Informations complémentaires

Format Livre

ISBN Ebook

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A propos de l'auteur(e) : Sakinna Boukhedenna

Au sortir du labeur, l’auteure se penche sur ses cahiers cachés pendant quinze ans et se met à dérouler, sous forme de nouvelles, des histoires lancées d’abord en vrac, puis, revues et corrigées, les unes après les autres.
Elle les lit à haute voix puis les structure et enfin, leur donne un style atypique pour révéler aux lectrices et aux lecteurs, une vérité cinglante qu’elle devrait masquer et cacher au nom de l’honneur du père, de la tradition musulmane masculine et de l’interprétation biscornue de la religion qu’elle subit comme une horreur quotidienne.
Le code confidentiel de « l’Algé-rien » illustre cette réalité.
La chronique d’une douleur quotidienne, également, renvoie, à des moments forts de ce livre. L’auteure y dénonce les tabous et les frustrations, mais aussi l’éducation traditionnaliste, qui peut conduire à l’intolérance et l’irrespect des femmes dont elle fait partie, malgré les pseudo-bonnes intentions des interdits en tous genres.