Traversées

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Quand tu ouvres l’intérieur, quand tu leur demandes quel est l’événement qui les a le plus marqués, les gens disent : « Eh ben, c’est quand je suis tombé amoureux et puis elle m’a quitté » et vice-versa, ou bien : « Quand j’ai eu cet accident et que j’étais presque mort et que les médecins m’ont sauvé » ou bien la mort d’un père, d’une grand-mère…

Moi, c’est l’Holocauste.

Tout le temps, j’y pense tout le temps. Et quand j’en parle avec Moïshe, il dit la même chose. Parfois, on se retrouve à Paris, deux vieux connards dans un café. Ou alors, très souvent, sans le dire à nos femmes ou à nos enfants, on va dans « le quartier », on se donne rendez-vous du côté du faubourg Saint-Antoine et puis on marche. On n’en parle à personne car on a peur qu’on nous prenne pour deux vieux gâteux. Et alors, on est là, tous les deux, à près de quatre-vingts berges et on marche, et on parle, et on se dit : « Ils ont tué ma mère, putain de merde de fumiers. Merde ! » Et ça, c’est juste deux vieux bonshommes.

Léon Wodowski-Vermont, janvier 2009

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Description

EXTRAITS DU LIVRE

Je me rappelle aussi des courses avec ma mère, un des mes grands plaisirs… J’adorais ça, j’étais un vrai baratineur ! J’avais découvert qu’en l’accompagnant au marché ou dans les boutiques, si je faisais un grand sourire à la vendeuse, vieille bonne femme de peut- être trente ans, elle me donnait un cornichon.
J’aimais aller à droite à gauche, tout sentait bon. Rue de la Forge-Royale, je revois très bien l’épicerie où à droite en entrant, étaient alignés des tonneaux pleins de cornichons marinés à la manière russe. On trouvait aussi du halvah, un dessert que j’adorais, très sucré, fait avec du sésame. J’avais sept-huit ans, haut comme trois pommes, un sourire désarmant. Quand je voyais ma mère partir en course, j’abandonnais mes jeux dans la rue : « J’reviens d’ta l’heure les copains, attendez-moi ! » Et je partais avec elle. Dès que j’entrais dans l’épicerie et que je voyais la bonne femme, j’offrais mon plus joli sourire :
— Bonjour Maaadaaameee, comment ça va aujourd’hui ?

******
« Le port obligatoire de l’étoile juive a été décidé en juin 1942. Pour s’habiller, on avait besoin de tickets de vêtements.
Et bien, pour t’insulter et t’humilier, on te prenait un ticket en échange de l’étoile ! J’imagine qu’il devait y avoir des ré́unions où les Français en haut lieu se retrouvaient pour se demander comment faire pour emmerder encore un peu plus le youpin du coin. Alors, il y en avait un qui proposait de leur prendre un ticket par étoile. Tout le monde était content de cette bonne idée, et on pondait une ordonnance dans ce sens.
Mes parents nous disaient de porter notre étoile avec fierté… »
*********

J’ai pu facilement me cacher, il y avait beaucoup de végétation. Dès que j’ai vu les camions arriver, je me suis caché, j’ai compris ce qui se passait. Je n’ai pas eu l’instinct d’aller vers ma mère comme le font des gosses de cinq ans.
Il y avait deux camions, les soldats sont arrivés. Je me souviens de ces soldats allemands derrière ma mère, ma mère toute petite avec son mètre cinquante de hauteur et ses deux petits enfants. D’autres soldats les entouraient (au cas où !), et on les a poussés dans le camion. Moi, j’étais à trente mètres, je n’ai pas bougé. Je m’en souviens très bien.

Informations complémentaires

ISBN Ebook

Version

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Format Livre

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2 avis pour Traversées

  1. isabelle BARTHELEMY

    Ce livre est magnifique! L’histoire de Léon est racontée avec pudeur, humour, sans esprit de revanche ou de rancune.Il s’agit d’un coté de l’histoire qui est méconnu pour ces enfants juifs que l’on a tenté de protéger et qui ont donc été déplacés en fonction de l’évolution des combats.
    A LIRE ABSOLUMENT

  2. Léa Gimonneau

    Un témoignage bouleversant qu’on sent né d’un échange nourri et sincère. Corine Sorrel a su préserver une oralité dans son style qui rend la lecture très fluide et agréable. Oralité qui permet également de rendre compte de la personnalité de Léon Wodowski-Vermont : franc-parler, humour et tendresse sont au rendez-vous. On rit, on pleure, on se passionne pour cet homme et son incroyable aventure, son extraordinaire résilience. A dévorer !!

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A propos de l'auteur : Léon Wodowski-Vermont et Corine Sorrel

Corine Sorrel a dix-neuf ans quand elle rencontre Léon. Il est un ami de ses parents et vit en Californie, où il a émigré dans les années cinquante. Elle est frappée par la force de vie de cet homme dont on lui a raconté le sort d’enfant juif, caché durant la guerre. Trente ans plus tard, de passage à San Francisco, elle lui rend visite. Léon est égal à lui même : chaleureux, espiègle, passionnant. Commence entre eux une correspondance nourrie, point de départ d’une amitié unique. Un jour, il lui confie un court texte écrit pour ses fils. Son histoire. Il apparaît à l'auteure que le destin et la personnalité de Léon sont bien trop grands pour ces quelques pages. Elle lui propose alors de recueillir son témoignage. De leurs échanges est né ce récit, dont elle a tenu à conserver l’oralité pour qu’y vivent l’impertinence et l’énergie de Léon.