SUZANNE -une trajectoire de vie (an didan an dewo)

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Ce roman représente un double hommage.

D’abord à une orpheline martiniquaise née en 1927, décédée en 2018. À coup sûr, les épreuves de sa vie montrent qu’il est possible de construire sa trajectoire personnelle en l’absence de liens avec ses propres parents durant l’enfance.

Ensuite, à travers elle, aux structures d’accueil tels l’Ouvroir, l’Asile des Vieillards, puis le Centre Emma Ventura, qui l’ont accompagnée, et qui sont des incontournables pages d’histoire de la Martinique de l’époque. Un contexte de vie dont on ne parle pas et qui gagnerait pourtant à être valorisé, surtout en ces temps de crise sociale. Il est certain que les jeunes qui sont à la recherche de repères, à la découverte du sens de leur vie y trouveraient matière à réflexion, mais les plus âgés aussi.

C’est que cette magnifique page d’amour se forge au quotidien, inventant un espace transitionnel entre individualisme et socialisation, isolement et attachement, introspection et action, malheurs et joies.

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Description

EXTRAIT DU LIVRE

Et un matin, vers 10 h – le soleil recouvrait déjà la ville – Sœur Marie vint chercher Suzanne en salle de broderie. Elle portait son éternel tablier rose et ses sandalettes. Elle se leva à l’appel de Sœur Marie, et la suivit au bureau de la directrice de l’Ouvroir. Elle se demanda ce qu’elle lui voulait à cette heure matinale. Elle apprit très vite que dès le lendemain, une voiture viendrait la chercher pour l’emmener vers sa nouvelle famille. Elle n’était pas triste. Elle savait qu’elle allait enfin découvrir les joies de la vie familiale et qu’elle fréquenterait d’autres enfants, qu’elle vivrait entourée d’animaux domestiques, et qu’elle ne manquerait ni de fruits ni de légumes, qu’elle mangerait enfin à sa faim, sans souffrir de maux d’estomac.

Elle passa sa nuit à rêvasser ! Sa dernière nuit à l’Ouvroir ! Impossible de trouver le sommeil. Elle décida de se lever et se hissa sur la pointe des pieds, près de la fenêtre, pour admirer le ciel étoilé. Elle se disait que chaque étoile lui souhaitait bonne chance dans sa nouvelle vie. La plus grosse étoile représentait sans doute sa maman, qui veillait sur elle de tout là-haut. Elle jeta un regard circulaire plein de compassion vers les couches de ses petites amies. Elle décida, pour que le temps s’écoule plus vite, de rédiger une petite lettre à l’attention de Sœur Marie, sa Sœur de cœur, à la lueur de sa petite lampe de poche, en s’appliquant à former ses lettres à la plume.

« Sœur Marie,

Par ces quelques mots, je voudrais te remercier pour ce que tu as été pour moi, pour ta disponibilité, ta gentillesse et ton sourire. Tu m’as appris à aimer Dieu, à rendre service aux autres, à pardonner, à ne pas me plaindre et me lamenter. Je te demande de veiller sur ma petite sœur Pétronille que j’aime tant.

Je ne pars pas, j’entre dans la vie. Je te promets d’être exemplaire et de faire honneur à tes enseignements.

Que Dieu te bénisse et te donne la force de poursuivre ta mission.

Ta Suzanne. »

Le lendemain matin, au chant du coq, elle déposa sa lettre dans le panier à broderie de Sœur Marie. Elle la découvrirait à l’heure de la sieste. Elle fit le tour du dortoir, jeta un dernier regard à sa paillasse, descendit au réfectoire, balaya des yeux les tables et les chaises, traversa la cour où elle avait tant joué avec Pétronille, bref, elle emplit son esprit de tous ces souvenirs. Elle pourrait ainsi, les yeux fermés, quand elle serait au Gros-Morne, revivre l’atmosphère de l’Ouvroir. Elle avait photographié, dans sa mémoire, tous les espaces de son enfance, les moments de joie, les moments de doute et de découragement.

Elle fit ses adieux aux Sœurs qui, pendant plus de dix ans, s’étaient occupées d’elle, de son éducation religieuse et morale notamment. Elle fit rapidement son petit sac. Elle ne possédait pas grand-chose : quelques nœuds offerts par Sœur Marie pour attacher ses longues nattes, des bouts de coton de broderie, des aiguilles et des pansements pour protéger ses doigts des piqures d’aiguilles, un tablier de rechange, et son unique robe, destinée à la messe dominicale, ainsi qu’une petite bible offerte par Monseigneur l’Archevêque lors de sa confirmation. Elle y tenait comme à ses deux “cocos yeux” ou comme ” à la prunelle de ses yeux”.

Informations complémentaires

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A propos de l'auteur : Arlette Pujar

Docteure en droit public Arlette Pujar est actuellement Directrice d’un Centre de formation. Elle est par ailleurs enseignante-chercheure à l’Université des Antilles et coache professionnelle. C'est avant tout une passionnée de l’histoire des habitants de son pays, la Martinique, qu’elle a connu à l’âge adulte. La rencontre avec Suzanne, qui était à l’époque la plus ancienne pensionnaire d’un EHPAD, (Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes) a donné lieu à une exceptionnelle amitié entre elles. A la demande de Suzanne, elle a écrit ce roman. Elle fait alors de Suzanne le symbole des solides liens d’amour qui se créent dans les structures d’accueil entre les orphelines, les pensionnaires d’une part, et leur personnel d’autre part. Suzanne est une leçon de résilience pour tous.