Sonate en scie bémol

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Roman en argot avec lexique en bas de page

Je suis un cas. Un poulet, un flic, un cogne. Je donne du fil à retordre aux malfrats, mais aux vrais, pas aux petits délinquants, pour lesquels j’ai même un peu de tendresse, jusqu’à adopter leur langage. Je donne aussi du fil à retordre à ma hiérarchie. À vrai dire, elle m’insupporte. Je la trouve veule et versatile, politique et aux ordres du premier élu venu. Les contraintes et les pouvoirs m’emmerdent. Que vous dire ? Je suis un doux, un doux anarchiste. Un provocateur, un transgressif. Un qui met les pieds dans tous les plats des bien-pensants, des coincés du cul, de la pensée, des usages et des gens qui se pensent indéboulonnables. Un anticonformiste, quoi !

Pourtant, je crois qu’ils m’aiment bien, tout de même… Peut-être parce que je dis tout haut ce qu’ils pensent tout bas, sans oser le dire eux-mêmes ? Ces chéris, ils auraient trop à perdre ! De toute façon, si ça ne leur plaît pas, j’irai voir ailleurs si tous ces fâcheux n’y sont pas. Quoi qu’il en soit, jacter l’argot, avec gourmandise et autant que je le peux, me fait trop plaisir pour que je m’en abstienne. D’ailleurs, vous le faites aussi, vous-même ! Tous les jours, sans même le savoir. Et bien plus que vous ne le pensez…

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Description

C’est un rachedingue[1] qui ne cesse de baver des rouleaux[2] sur tous les gens qu’il croise, si bien qu’il vaut mieux éviter d’être absent quand il tortille de la débagoule[3], car il doit en profiter pour vous habiller pour l’hiver[4]. Ce soir, il me détronche[5] vilain avec sa panoufle[6] de travers et son regard en trou de bite[7]. Il ne cesse de zyeuter[8] du côté de mes pognes, des fois qu’il me prendrait l’envie de forcer un peu le destin. Il a bien cherché à dénicher ma finette[9], mais peau de balle[10] ! Il ne gaffe[11] toujours pas la façon dont je m’y prends pour amadouer les brèmes. À croire qu’elles viennent toutes seules dans l’ordre que je souhaite ! Une baraka pareille, ça dépasse son entendement. Il mouille de ne pas être de belle[12], comme mézigue, car ça permettrait d’éviter la chicorée[13] de sa bourgeoise à son retour au dortoir[14], sans un pélaud[15], plumé comme le poulet[16], avant que celui-ci passe à la rôtissoire. Mais, à l’instar des grands artistes qui gardent secrets leurs biscuits[17], je ne dévoile jamais ma cuisine[18].

***

— Peut-être. Il a la peau par-dessus les tifs[19], portait un survêtement et il avait une pétoire[20] chargée jusqu’à la gueule dans l’une de ses glaudes. Après ta braque de cette nuit, j’ai pensé que ça méritait d’y regarder de plus près.

— Tu dis qu’il portait un survêtement. Il ne l’a plus ?

— Sois pas branque, mec. Je suis au frig[21]. Ici, à part les visiteurs et malgré l’ambiance pôle Nord, tout le monde est à poil. C’est l’usage.

— J’achète, dis-je aussitôt, des fois qu’il s’agirait de mon homme.

Ma fliquette est déjà sur le pas de la porte. Nous dévalons l’escandrin et prenons la direction du séchoir. Nous y rejoignons notre bigophoneur.

 

[1] Rachedingue : homme maigre

[2] Baver des rouleaux : dire du mal

[3] Tortiller de la débagoule : parler abondamment, jaser, railler

[4] Habiller pour l’hiver : dénigrer

[5] Détroncher : dévisager

[6] Panoufle : perruque

[7] En trou de bite : yeux enfoncés dans des orbites très creuses

[8] Zyeuter : regarder intensément

[9] Finette : poche secrète du tricheur

[10] Peau de balle : rien

[11] Se gaffer : savoir, deviner, se douter

[12] Être de belle : être chanceux

[13] Chicorée : remontrances

[14] Dortoir : domicile

[15] Pélaud : sou

[16] Pique-en-terre : poulet

[17] Biscuit : séquence préparée à l’avance pour tricher aux cartes

[18] Cuisine : secret de fabrication

[19] Avoir la peau par-dessus les tifs : être chauve

[20] Pétoire : arme de poing

[21] Frig, séchoir : morgue

Informations complémentaires

Format Livre

ISBN Ebook

Version

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A propos de l'auteur(e) : Bruno Pinel

Bruno Pinel commença par écrire des essais sur la vieillesse, le suicide, la nutrition, l’acidité corporelle, le sommeil et la fibromyalgie. Depuis qu’il s’est établi dans son petit paradis breton, il varie désormais les genres littéraires, passant des essais au théâtre, et des contes pour la jeunesse au roman policier, surtout en argot avec lexique intégré.

Chacun de ses livres est un moyen de transmettre un message en faveur de la Vie et de la Nature, du respect de soi et des autres, ainsi que du primat de la liberté et de la justice sociale. Avec une joyeuse impertinence, il entend partager avec vous sa philosophie de l’empathie et de la tolérance, de la joie et de l’Amour.