Rencontre à XV -Le rugby de Papa

10.90 

Du vécu !

Quinze récits rugbystiques, traités avec humour et fantaisie, écrits en témoignage de nos amitiés immortelles liées sur le pré à la conquête du cuir.

Au sein de la grande famille quinziste, anonymes et vedettes du ballon ovale, les Jeannot Salut, André Abadie, Jean Pierre Rives, Christian Lanta… tiennent tour à tour les premiers rôles de cette divine comédie où les valeurs telles que courage, combativité, solidarité, respect d’autrui… éclatent à la pratique de ce sport collectif qui s’apparente à une authentique école de la vie.

 

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Description

EXTRAITS DU LIVRE

Ne dit-on pas qu’Il faut coucher pour réussir ?
J’ai couché avec Jean Pierre Rives… il a réussi !
TOEC Juniors Crabos, Champions des Pyrénées 1971 de Rugby à XV en finale contre le rival Toulousain, le Stade, ça s’était fait.
Dès lors, il nous fallait poursuivre la saison en Championnat de France.
Les matchs décisifs et les déplacements lointains allaient s’enchaîner.
Aussi, pour les longues nuits d’avant match à l’extérieur, fallait-il former les couples.
Un dormeur avec un insomniaque, un ronfleur avec un rêveur, un calme avec un énervé… fut le choix judicieux de notre super entraîneur Jacky Rougé.
Étant plutôt catalogué dans le deuxième groupe, j’eus le plaisir de partager, en tout bien tout honneur, la chambre de mon coéquipier et ami Jean Pierre, durant cette inoubliable saison de course au titre suprême.
On eut pu dire, avec prémonition, quand Casque dort, Coco veille.
Toutefois, même mon meilleur pote, Christian Lanta, ne me reprocha pas cette incartade passagère, sachant qu’il s’agissait là d’un choix
managérial bénéfique au groupe, au collectif. Et, l’on sait encore de nos jours, quand on a aimé le rugby de cette époque, que le terme,
collectif, n’était pas un vain mot.

******

L’heure de l’échauffement avait sonné. Il nous fallait affronter le frimas extérieur et surtout
les supporters adverses, le plus souvent, vindicatifs et railleurs sur leurs terres.
Tels de jeunes taureaux piaffants avant de pénétrer dans l’arène, les Maria, Vauchel, Antia, Raffy, Déon, Gasparotto…
et consorts, se précipitèrent en bloc sur le pré en nous encourageant à les suivre sans plus attendre.
Seul, Jean Salut, le très prisé « flanker » de l’équipe nationale des années 60, assis à même le radiateur du vestiaire, ne semblait
pas atteint par cette frénésie collective. Il se tourna paisiblement vers notre entraîneur et de sa voix grave l’apostropha pour lui
signifier son intention de s’échauffer dans les vestiaires. Méthode
qu’il était en train d’appliquer, tranquillement juché sur son perchoir chauffant.
Prêt au combat, il nous rejoignit pour le coup d’envoi sous les huées et les quolibets des spectateurs frigorifiés. Des mots et des sifflets décochés par les Ultras transis, très certainement, dans le
seul but de se réchauffer ! Fidèle à son habitude, il donna alors à tous une leçon de rugby et fit étalage de sa classe et de sa facilité ballon en main.

*******

Mi-octobre la Mordorée, tant espérée, serait-elle au rendez-vous ?
Alors qu’Eliot, mon tout jeune griffon korthal, arrosait à qui mieux mieux les pissenlits rabougris et les abondantes pousses sauvages, Toby, mon fidèle épagneul breton, dévalait à mes côtés la combe qui pique tout droit sur le ruisseau de Saint-Jean. Le bois touffu, refuge de Dame Bécasse, se découpait à contre-jour en ombres chinoises sur nos Pyrénées laineuses qui moutonnaient contre un horizon d’azur limpide.
Tenue de chasse au bois obligatoire… veste huilée, pantalon militaire rapiécé, bob kaki, récupéré dans les eaux tumultueuses de l’Ourse lors d’une partie de pêche mémorable, fiché sur le crâne comme une pointe de 140… indispensable pour pénétrer sans entrave la feuillaison épineuse.
La journée n’avait pas été de tout repos. Trop de ballons gagnés sur les introductions adverses, trop de munitions perdues et les Sorguais avaient dégoupillé.
J’en avais fait les frais. Sur un énième ballon talonné au-delà de la première ligne, carrément dans les pieds des secondes lignes, le talonneur
du Vaucluse venait de s’essuyer les crampons sur mon genou droit.

Très ou trop aiguisés… ils avaient fait des dégâts considérables. Je pissais le sang comme un veau égorgé à l’abattoir.
Sur le bord de la touche, de l’élastoplast, un tour, deux tours…dix tours et il fallait terminer le boulot. Chose qui fût faite prestement.
Christian Lanta, mon ami de Lycée, mon ami de terrain, mon ami tout court, mon ami de toujours, n’attendait que mon retour sur
le pré pour fêter à sa façon ma renaissance. Lui qui jouait troisième ligne centre, dès la première mêlée monta d’un cran, en deuxième ligne, pour être au plus près de l’affrontement.
À peine, le ballon fut-il introduit qu’il châtia le talonneur adverse d’un magistral uppercut. Dodo. L’enfant dormit aussitôt, le petit marchand de sable venait de passer.
Vengeur, il avait mis dans son coup de poing toute sa force, toute sa rage et, surtout, toute son amitié.

 

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A propos de l'auteur : Jean-Claude Boyer

Troisième enfant de sa fratrie, l'auteur est né en 1952, au cœur des Pyrénées à Montréjeau, une ancienne Bastide Royale. Un Lion dans un nid d’Aigle. Issu d’une famille de modestes commerçants, son père lui inculqua très tôt les valeurs sportives et morales de la pêche, de la chasse et du sport en général. Après des études à Toulouse et l’obtention du Baccalauréat, il doit hélas abandonner, pour cause de blessure « rugbystique », la préparation du professorat d’éducation physique et sportive. Changeant son fusil d’épaule, il reprend des études tertiaires en Faculté de Philosophie. Actuellement cadre A - Fonction Publique Territoriale, en position de détachement auprès des services Eau et Assainissement de Toulouse Métropole, il réside toujours au sein de la nature dans le Piémont Pyrénéen.