Prélude des créateurs poètes

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Dans un futur proche où une série de catastrophes s’abat sur le globe terrestre, deux archéologues et un architecte, sous la protection de leur ami le général Kris, explorent l’atelier de Dédale, dans la colline d’Ardète. Une soudaine secousse sismique les force à arrêter leurs recherches et à se réfugier à Plaka, chez un ami qui, en partant à l’étranger, leur laissa les clés. Lors de leur soirée, engageant une discussion sur les Créateurs du Parthénon, dont le sujet les amène à réfléchir sur les écrits platoniciens, ils décident de rester à Athènes. Ils se livrent alors à leur activité favorite, la dialectique, qui révèle une vérité transcendante dépassant les limites de la réalité. Ils se débarrassent ainsi de leurs phobies en examinant la formation des Créateurs Poètes, laquelle découle d’un monde philosophique qui ignore de pareils sentiments, et trouvent dans son « prélude » προοίμοιον, une sorte de discipline propédeutique.

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Description

Chapitre 4 : Les vues socratiques sur les qualités de l’Âme des Créateurs (pages 82 à 86)

 

— Justement mon brave, ceci est le travail de nos philosophes. Nous avons déjà vu à plusieurs reprises Platon raconter que le virage d’un homme vers la philosophie se réalise lorsque son âme se débarrasse de l’illusion qu’il est capable de tout expliquer, et lorsqu’il constate que rien n’est évident à sa perception. À ce propos, vois-tu pourquoi Socrate a adopté cette façon propre à lui de s’exprimer ? lui demanda Fotis.

— Non, aucune idée. Voudrais-tu me l’expliquer ?

— Oui, volontiers. Eh bien, après avoir moult fois lu tout ce qui avait été dit par Socrate, j’ai constaté qu’il attachait une grande importance à la méthodologie qui consiste à expliquer les phénomènes si complexes de la Nature. Et s’il préfère démarrer ses recherches à partir de données essentielles et connues, lesdites « hypothèses » composant ces phénomènes, c’est parce qu’il est facile de vérifier ces hypothèses par la dialectique. Et au cas où ces « hypothèses » ne seraient pas réfutées, il laissera une doctrine subversive aux arguments irréfutables. C’est ainsi qu’on avance, en essayant de démontrer un sujet d’une grande importance, comme celui de l’existence de l’immortalité de l’âme. On se met à reconsidérer certaines des questions philosophiques, par exemple celles qui conduisent au sens du nombre « deux », car à partir de leur synthèse sortiront les réponses justes et irréfutables. Vous le verrez encore mieux sur ce qui s’ensuit.

— Oui tu as raison, intervint Kalidète. Et j’ai moi aussi mes réflexions à ajouter, en prenant en compte l’historique du cheminement de la pensée chez les anciens. Au début, il y a cette série de penseurs nommés sages (σοφοί – sophès) qui présentaient les résultats de leurs études, notamment cosmologiques, en vers, lorsque l’arrivée du cosmopolite Pythagore apporta le changement de leur définition. C’était lui qui en réalisant l’infinité de la sagesse, la plaça à côté de Dieu, et en déduit qu’aucun homme ne peut être « sage ». En lançant ainsi le mot « philo-sophe », il s’autodétermine comme un genre de chercheur de la sagesse. Une de ses nouveautés, parmi plusieurs, est de concrétiser les résultats de ses recherches par des sentences mémorables en les dissimulant derrière des sons, lesdits « akousmata » ou « apophtegmes ». Mais également, il s’exprime soit par des symboles, soit par des lettres, soit par des formes géométriques. Bref, selon la conviction de ce grand philosophe, l’exercice de la philosophie ne pouvait s’établir que dans son école, qu’il tenait hermétiquement fermée au public, et où ses élèves avaient juré de garder à jamais le secret de leurs connaissances. Cette même pratique, nous l’avions déjà rencontrée lors de nos discussions précédentes, car elle aussi découlait de la stricte volonté delphique. Même les spartiates l’avaient adoptée, estimant que l’exercice de la philosophie avait une valeur d’une importance militaire pour leur défense, et il leur avait été défendu de la partager, quelles qu’aient été les circonstances. Enfin, si je me suis référée en quelques mots à cette tactique qui ordonne de découvrir toute connaissance du voile mystique, c’est pour dénoter son opposition à une autre méthode, celle de la dialectique de Socrate. C’est elle qui provoque et aime divulguer sans réserve sa manière de penser. Je vous avoue que j’apprécie moi-même dans cet acte de générosité, l’esprit révolutionnaire qui rêve de donner les mêmes chances à tout le monde, voire faire évoluer chacun comme un « être humain » à l’écart de toute discrimination. Enfin, il est le philosophe qui dévoile sa « manière de raisonner », à l’écart de toute discrimination, parce qu’à mon avis, il était convaincu que la vraie sagesse ne pouvait être saisie par le vol, mais uniquement par l’enseignement. En fait, je me demande, ne serait-ce pas pour cette raison qu’il a été condamné ? En l’occurrence, réfléchissons au contraste des punitions. D’un côté, nous avons celle d’un titan, Prométhée, dont la punition qui lui avait été infligée par les dieux n’était pas aussi périlleuse que celle imposée par des juges athéniens envers Socrate. N’est-ce pas en effet la raison pour laquelle nous le vénérons tant ?

Fotis, en souriant, lui fit la remarque suivante :

— Tu es étonnante, ma belle, à toujours poser des questions auxquelles il est difficile de t’opposer…

Après l’échange de ces propos, Pan montra son impatience en reprenant la parole :

— Il reste donc à accomplir le raisonnement de Socrate qui lui permit de considérer les choses du monde de manière différente de l’ordinaire, et meilleure selon ses constatations. J’avoue que nous allons passer une fois encore par des chemins de réflexion très difficiles à saisir, et je me demande s’il est préférable de vous donner en deux mots ce que j’ai pu digérer, ou s’il serait plus judicieux de vous introduire à la version originale, via ma traduction bien entendu… Qu’en pensez-vous ?

— Personnellement, je pense qu’il serait plus avantageux pour nous, de prendre en compte le texte tel quel, afin de pouvoir l’examiner ensemble par la suite.

Cette proposition de Kalidète a été chaleureusement accueillie par les autres, et Pan commença donc le récit :

 

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A propos de l'auteur : Kleio Anastasiadou

Née à Athènes, elle effectue ses études d’architecture DPLG-ENBA up1 et d’urbanisme à Paris VIII-Sorbonne, les enrichissant par des voyages en Europe et aux Etats-Unis, pour finalement exercer son métier en Grèce. Les événements de la vie font qu’elle s’installe de nouveau à Paris en 1999, où elle peaufine ses connaissances sur les monuments acquises lors de son stage auprès du président d’Icomos, à Lausanne. Les séminaires de philosophie qu’elle suit pendant plus de quatre ans à l’école pratique de Paris IV-Sorbonne, lui inspirent l’idée de créer un jeu de société, lequel prend vie dans le texte de son premier livre « Le plan secret de Pythagore ». C’est ainsi qu’elle découvre sa propre manière d’exprimer le fruit de ses recherches sur Platon. La lumière et les couleurs de son pays natal restant toujours imprégnées dans son esprit, elles agissent comme de vrais catalyseurs pour transmettre ses connaissances.