Mortel rendez-vous

10.99 20.90 

L’intrigue criminelle est évidemment le principal sujet du roman policier. Il permet également, par le biais de ses personnages, d’aborder et de questionner le lecteur sur des thématiques qui traversent notre société du xxie siècle. Le deuxième point, essentiel pour moi, est d’expliquer, sans toutefois la cautionner, la psychologie d’un tueur. Comment et pourquoi en est-il arrivé là ? Il n’y a pas de hasard, il y a toujours un déclencheur violent pour passer à l’acte, très souvent lié au passé.
Dijon, 6 avril 2009
Une aube naissante empreinte d’un brouillard tenace, un sentier tortueux entre des fourrés et des ronces. Un jogger bute sur un corps sans vie.
Encore marqué par sa dernière enquête, Gilles Courtois, commandant de la brigade criminelle, arrive sur les lieux. Le légiste et l’unité technique sont déjà sur le pont. Premières constatations, premières interrogations. Aucun papier, clés ou portable pour identifier la victime. Les déclarations peu cohérentes du jogger jettent le trouble.
Une semaine plus tard, un corps en partie calciné est retrouvé dans les bois de Plombières.
Accident, meurtre ?
Faire front malgré le manque de moyens et d’effectifs, un nouveau défi à relever pour Gilles Courtois et son équipe.

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Description

EXTRAIT DU LIVRE

Lundi 6 avril 2009

 

La porte s’ouvrit sur le rez-de-chaussée. Avant de sortir de l’ascenseur, elle vérifia que le couloir était désert. Elle fit quelques pas jusqu’à l’escalier, se mit en retrait, tendit l’oreille.

Des bruits confus de voix lui parvenaient de la salle où se dressait le buffet du petit déjeuner. Une envie d’un café avec un croissant chaud. Plus tard, à son retour. Elle se glissa le long du couloir, déboucha dans le hall d’entrée. Elle remit la clé de sa chambre au réceptionniste qui lui sourit et lui souhaita une bonne journée.

Elle poussa la porte vitrée qui donnait sur l’avenue Albert 1er. La nappe de brouillard pénétra sa bouche, ses narines, ses yeux, l’enveloppa toute entière. Le jour peinait à se lever. Elle frissonna, remonta la fermeture éclair de son K‑way, releva la capuche sur la masse de ses cheveux roux bouclés. Le grincement des freins d’un train entrant en gare de Dijon lui fit tourner la tête. Dans le halo brumeux, la lumière vacillante des wagons lui fit entrevoir des visages plaqués aux fenêtres, scrutant l’obscurité.

La dernière étape qui lui permettrait de tourner définitivement la page. Avant la fin de cette journée, elle se trouverait dans l’un de ces trains, en direction du sud, de la mer, du soleil. Le soleil. Elle avait vraiment envie de soleil. Libérée des chaînes du passé. Plus de fantômes. Une nouvelle vie.

Elle avait accéléré l’allure, pressée d’en finir. Au feu rouge du boulevard Kir, elle dut patienter avant de traverser. Elle crut entendre des pas derrière elle. Elle se retourna brusquement, sur le qui-vive. Elle discerna une forme imprécise, un contour fantomatique. Son cœur prit soudain un rythme plus rapide.

Cette dispute, hier matin, avec Ronnie. Elle n’avait pas pu l’éviter, un trop-plein accumulé depuis toutes ces années, cette colère qui n’avait pas pris une ride.

La proximité du lac accentuait le poids de l’humidité. Elle s’en rapprochait, une boule d’anxiété calée au fond de l’estomac. Trop de souvenirs. Avait-elle le droit de venir s’y perdre une dernière fois ?

Mue par une envie irrépressible, ses pas l’emmenèrent jusqu’à l’entrée du parking, encore désert à cette heure matinale. Elle le traversa à grandes enjambées. L’odeur de l’eau, le bruit discontinu de la cascade se déversant dans la rivière, une main pressant la sienne, un rire dans ses oreilles, le bruissement du vent dans les arbres, la chaleur de son corps contre le sien.

Elle bloqua net la douleur qui remontait dans sa gorge.

Suivant le bord, elle marcha jusqu’au bout de ce coin de plage, aménagé en été. Elle s’arrêta un instant, respira l’odeur du lac avec avidité. Pèlerinage ? Elle haussa les épaules. Elle n’avait plus de larmes. Tous ses souvenirs, elle les déposait ici, une bonne fois pour toutes, avant de leur tourner définitivement le dos.

Elle se rapprocha de l’avenue. Noyés dans le brouillard toujours aussi dense, les véhicules roulaient lentement. De l’autre côté, le départ du chemin de la combe Boissières.

Elle profita du feu rouge pour traverser, passa sous le petit pont du chemin de fer. Le bruit de la circulation s’atténua. Il n’y avait plus que le brouillard. Elle se maudit de n’avoir pas pris de lampe. Il lui avait dit : « Sous le tunnel. » Elle commençait à ressentir le froid.

Elle jeta un regard derrière elle. Des fantômes se dessinaient dans le jour naissant. Elle était un peu en avance. Cette manie de vouloir toujours arriver la première.

Le sentier s’ouvrait, étroit, raide, caillouteux et désert. Idéal pour se cacher des regards indiscrets. Il l’attirait. Elle s’y engagea. Les rumeurs de la ville s’estompaient. Elle faillit déraper sur une pierre glissante, reprit son équilibre de justesse. Un temps d’arrêt. Un bruit insolite. Elle se retourna, scruta le voile blanchâtre, crut apercevoir une ombre.

— C’est toi ?

Pas de réponse. Sans doute le vol d’un oiseau, se rassura‑t‑elle. Elle sortit son téléphone. L’écran de veille allumé vint éclairer le bout de ses chaussures. Mieux que rien. Il avait dit sept heures pile. L’écran indiquait sept heures moins le quart.

Elle atteignit le point de rendez-vous sans encombre.

Le coin des mûres. Une nouvelle fois, têtus, les souvenirs l’assaillirent. Le dernier automne avant le drame. Il y en avait des tonnes de ces fruits attachés aux ronces. Ils s’amusaient comme des gosses, riant de leurs doigts tachés, de leurs lèvres rougies par les fruits.

Rien n’avait changé. La topographie lui restait familière. C’était là, à deux mètres de l’endroit où elle se trouvait, sur la gauche, sous les branchages.

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A propos de l'auteur : Claudine Rouget

Après la parution de ses deux romans à caractère « suspense psychologique », Claudine Rouget s’est sentie enfin prête à aborder le thème de l’enquête policière qui oblige à plus de rigueur dans le scénario. Dans la réalité, comment se déroule une enquête ? Elle a pu rencontrer un officier de police qui a accepté de répondre à ses questions et de lui donner les éléments importants qui lui manquaient. Au premier rayon de soleil, elle prend son carnet, déambule dans les allées jusqu’au parc. La marche est une aide précieuse. L’esprit libéré, les idées se bousculent. Des interrogations, des doutes, des moments de joie, la relecture d’un passage, des corrections, beaucoup de travail qui prend le pas sur la vie « normale ». Un souvenir particulier lui reste de ces deux années d’écriture. Quelques jours passés à Quiberon, accompagnée du bruit des vagues et du soleil. Adossée au ponton, le crayon courait sur le papier. L’écriture est un plaisir que l’on ne peut, hélas, partager.