Lisa, 12 ans, butin de guerre au collège ou comment la justice confisque la dignité d’une collégienne violée

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« Non ! Arrêtez… Je n’y vais pas !…On rentre ! On ne reste pas là ! Non, maman …papa…il ne faut pas rester là ». Lisa est prise de convulsions, elle veut s’enfuir très loin, très très loin … ». Lisa très appliquée dans sa scolarité a douze ans ; elle est violée par six garçons, âgés de 13 à 15 ans, de son collège et du collège voisin. Elle change de comportement, se referme dans la tristesse, la colère, la violence, les mutilations, les désordres alimentaires. Lisa ira jusqu’à la tentative de suicide avant de suivre une hospitalisation de dix huit mois. Lisa sera brutalement expulsée de son collège pour «ingérabilité». Lisa se confie ; les parents portent plainte pour viol. Ils sont soutenus par l’association « l’enfant bleu ». Lieux des sévices : le collège, la bibliothèque municipale, les toilettes désaffectées d’un parc public inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques. Un agresseur interpellé dans l’enceinte du collège se trouve placé deux fois en garde à vue. L’avis très favorable à la victime de l’expertise judiciaire n’ébranle pas la justice. Le directeur du collège ne sera jamais appelé à témoigner. La justice construit autour de la famille une barrière opaque qui l’empêche de se reconstruire et s’enferre dans cette convenance d’installer Lisa dans le rôle d’une pauvre gamine tout en l’appelant « madame » (!). Elle ne retient de ce drame qu’un jeu pseudo-consentant.

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EXTRAIT DU LIVRE

Quelques heures avant mon ultime déplacement, l’infirmier m’apprend qu’on a administré à Lisa des médicaments, des « tranquillisants ». Elle s’est montrée agitée, énervée, outrageuse et le ton, très vif, est monté entre elle et deux autres adolescentes puis avec le personnel soignant. Pour Antonia, cet incident lui rappelle les jours troubles de septembre vécus à la maison… Ce même conflit intérieur, quasi-permanent, qu’elle arrive à contenir mais qui, par moment, la déchire violemment. Je me remémore bien sa volonté de progresser qui se transforme là en geignements, en doléances « oui, ça va…j’ai bien travaillé à l’atelier et on a bien discuté avec Aline la jeune interne psychiatre qui s’occupe de moi » … « Je suis fatiguée papa…Ramène-moi…Je veux voir maman » … « Papa, je ne suis pas bien ici !» qui finissent par crever la surface du faire croire « que je vais aller mieux et que je peux rentrer chez moi ». Je suis évidemment très réceptif à cette sollicitation puisque c’est aussi la mienne. C’est dur de résister. Va-t-on prolonger son séjour, après cette farouche altercation ? Je le crains.

Pourtant au cours de cette même semaine le chef de service autorise Lisa à m’accompagner seule jusqu’à la porte d’entrée de l’enceinte extérieure. Avez-vous la capacité, monsieur le Principal, d’apprécier cette mesure d’exception qui consiste à laisser ma fille m’escorter jusqu’à la porte de sortie ? Certainement pas sinon vous auriez témoigné à l’instruction ; au contraire, vous, on vous a abrité. Nous sommes tous les deux, côte à côte, main dans la main, dans l’allée qui traverse les parterres de fleurs. Nous croisons le jardinier dans son travail d’entretien, il nous salue d’un mouvement de tête, je le lui rends. Un échange amical que j’apprécie sans savoir exactement pourquoi. La déplaisante sensation que j’éprouve d’être suivi de derrière une fenêtre du local infirmier — une surveillance  « voyeuse » que je sais aussi protectrice — n’effleure pas Lisa ou elle n’en a cure…Je la regarde, incapable de me faire une idée. Le portail atteint, je me tourne vers elle, pas de larmes au coin de ses yeux… Je les perçois pourtant si proches. Le portail est franchi une fois de plus ; vivement le dernier passage ! S’est-elle à peine retournée pour redescendre le petit chemin, que je pressens ses pleurnichements puis ses sanglots, noyant ses yeux, mouillant ses joues. Pas facile à vivre ! C’est toujours la même et intense agitation qui me secoue… Une fois seul dans la rue, les scénarii déjà vus et revus m’envahissent… En imagination, je cherche, j’enquête, j’interroge, je m’emporte. J’ai la dent dure tantôt contre la société, avec le goût de la haine, tantôt contre moi. Je m’imprègne parfois d’une propre responsabilité sans précisément la définir, si bien que lorsqu’elle m’assaille, je ne trouve jamais d’échappatoire. Je ne suis pas fier ! Il m’arrive de me réfugier dans l’idée que le ciel nous viendra un jour en aide, le ciel ou la société ce qui est encore plus hasardeux, mais ça, je l’ignore encore…

Une heure après l’avoir quittée, j’ai toujours le bourdon ! En rêve, j’arpente les locaux du centre hospitalier… Je ne discerne qu’errances et trop-pleins de solitude dans les chambres et les couloirs. Parce que j’ai besoin aussi de renouer avec l’espoir qu’il existe toujours là-bas, dans ces mêmes chambres et ces longs couloirs, un peu de bonheur, je m’efforce de réentendre les quelques rires aériens, croisés durant nos visites, de les considérer comme rassurants, comme signes prometteurs de futures et belles aventures pour tous ces jeunes adolescents coincés dans ce centre. Mais très vite ma mémoire se rappelle leur brièveté… Quelques portes claquent dans ma tête et le silence reprend rapidement ses droits avant un nouveau coup de gueule. Quel avenir pour eux ? Pourtant j’ai découvert une vie rythmée par des travaux d’atelier avec des éducateurs, des discussions avec le personnel médical et des rencontres passionnées avec des parents pour ceux et celles qui ont cette chance d’être accompagnés et écoutés… Mais ça ne me suffit plus… Ça ne suffira jamais aux enfants et adolescents qui y séjournent.

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A propos de l'auteur : Patrice Rousseau

Patrice Rousseau, père de trois enfants exerça la majeure partie de sa carrière professionnelle dans l’entreprise. Il a 53 ans quand sa vie bascule ; sa fille puînée est agressée. Il vient de rejoindre le corps enseignant. Un seul but s’impose alors à lui : accompagner Lisa dans son combat. Aujourd’hui retraité, il dénonce dans un livre la maltraitance institutionnelle ; cette complicité fréquente avec les agresseurs en plus de celle des viols. Il rend aussi un hommage sensible sur le difficile parcours de Lisa dans sa lutte pour être reconnue en tant que « victime ». Le récit est fort, prégnant, âpre ; bien que bien écrit il n’y a pas une véritable ambition littéraire ; le but du père est avant tout d’instruire un public aussi large que possible du danger que courent nos enfants de perdre très tôt cette égalité qui nous est commune non seulement en « droits » mais aussi en « dignité ». C’est un récit ambitieux, salutaire et pédagogique ; c’est aussi une invite sans équivoque à l’avocat choisi pour défendre la victime à se montrer plus décisif. La préface du psychiatre Gérard Lopez lui donne toute sa légitimité.