Les Déchirures blondes

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Dans le cadre contraint, dans l’entre-soi d’une semaine de jury de concours qui se tient dans une grande ville de province, on se croise, on se toise, on se choisit, on s’observe, on se perce. On se défie et on se confie. On s’agrège et on s’attache. Et tandis que la belle Ombline Delamble semble renaître à la séduction du bonheur, un certain Ferry Ferrand réajuste du bout des phalanges son masque mortifère un temps dérangé…

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Description

EXTRAIT DU LIVRE

La nuit mon cœur est très douce et très blonde

Silence versant adret.

Au cœur de la nuit immobile où elle lutte un peu pour prolonger sa lecture, à petits pas de monosyllabes chaussés de semelles de feutre, passe et repasse ce vers d’Apollinaire qu’a laissé dans sa tête le candidat de seize heures… un vers à Lou… La nuit mon cœur est très douce et très blonde… elle a posé son livre pour ne pas brouiller sa précieuse résonance… La nuit mon cœur est très douce et très blonde… Brusquement, crevant l’épaisseur du silence de l’hôtel endormi, derrière la cloison fine de la chambre voisine, presque à la hauteur de son tympan, une voix d’homme, puissante, une voix de scène sortie d’un porte-voix, lance : « J’ai fait une grosse bêtise ».

Silence, versant ubac.

Rien de plus. Rien de plus par quoi tout commence.

Pour Mona, il n’est pas encore question de curiosité. En tension sur un coude, elle écoute battre en elle le tempo de la surprise. La brusquerie du propos et la puissance de la voix ne laissent pas de l’étonner… c’est cent fois trop pour un aveu aussi enfantin, du genre tête basse et lippe mordue !

Sur le silence brièvement déchiré, la nuit a déjà refermé la parenthèse. Nul n’a bougé, même pas elle, qui demeure tendue sur un coude et figée dans la résonance de ces mots passe-muraille, de leur diction claire, sans accent, de leur intonation sensible avec la frappe sur « grosse » et le léger étranglement sur « bêtise »… Ce qui commence à l’inquiéter, ce n’est pas qu’un voisin de chambre parle fort au beau milieu de la nuit, non, elle a l’habitude des sans-gêne et de leurs nuisances sonores, mais elle réalise qu’au cours de cette soirée, qu’elle a passée tranquillement à lire au calme, il ne lui est pas parvenu le moindre bruit… et, qui plus est, en dépit des difficultés qu’elle a toujours un peu à s’orienter mentalement, elle est sûre que cette chambre mitoyenne est occupée par une femme, une femme seule, une adorable collègue devenue son amie au fil des sessions de jury qu’elles partagent chaque année au mois de juin… Elle réfléchit plus avant : quand nous remontons dans nos chambres, nous poussons bien nos portes parallèlement, et je vois bien le beau visage d’Ombline Delamble disparaître de profil dans l’embrasure, suivi de son bras gauche chargé de son cartable de cuir, et quand sa porte se referme, je vois bien le petit rectangle de laiton doré afficher chambre 9, qui est bien la chambre immédiatement voisine de la mienne qui est la 8… Oserai-je lui en parler en la revoyant ce matin ?

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4 avis pour Les Déchirures blondes

  1. Bernard PAYOT

    Dominique DENES nous offre tout à la fois une histoire au suspense finement millimétré et un regard acéré sur les relations humaines. Gourmandise littéraire en prime.
    Une vraie gourmandise des mots, de l’écriture, des clins d’œil littéraires…Un art consommé du suspense qui tient le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page.
    Tout empreint aussi de tolérance et d’humanité, “Les Déchirures blondes” se lit d’une seule traite, porté par le rythme des phrases et les rebonds de l’histoire. […]
    Un roman d’amours et d’amitié : il y a là Mona bien sûr. Ombline et son secret lourdement gardé. Guilaine et son franc-parler sans complexe. Faustine et ses escapades méridiennes avec un joueur de rugby. Colette. Yaël et sa nièce Lola. Et puis… ce curieux Ferry Ferrand, sommité en exégèse théâtrale mais à l’attitude étrange et à la réputation sulfureuse.
    Au fil des jours, les masques tombent. L’arc se tend. L’entre-soi d’un jury de concours n’échappe pas à la cruauté des faux-semblants et à la part de faiblesse des sentiments. “Les Déchirures blondes” se veut un romans d’amours et d’amitiés avec un “S”.
    Mais il porte aussi en lui sa part de pathétique, de dramatique et de tragique. Cette chose étrange qui fait tourner le monde. A la vie, à la mort. Tout simplement. (Article paru dans L’Est Républicain dimanche Page Région Franche-Comté, 1er septembre 2019)

  2. Morgane CHASTEL

    Mêlant sentiments et intrigue, ce roman m’a conquise. Littéralement aspirée. Ces femmes dont on découvre les failles dans lesquelles on s’engouffre discrètement, et dont on se demande jusqu’où elles vont. Jusqu’où elles vont nous mener ? On s’y plonge, et on ne remonte à la surface, après 120 pages bien ficelées, que pour se dire que l’on ne l’avait pas vu venir, et qu’on en reprendrait bien encore un peu.

  3. Anaëlle Marconnet

    Merci infiniment Dominique Denes pour ce roman que j’ai dévoré en seulement quelques jours et qui m’a profondément touché. J’ai été absorbé par l’univers et l’émotion de votre récit. J’ai adoré votre écriture et vos mots soigneusement choisis, votre capacité à captiver et tenir en haleine le lecteur, mais surtout le portrait, parfois dur, mais toujours juste de ces femmes aussi différentes qu’attachantes.

  4. Bernard Diette

    Quelle logique tragique pèse sur ces personnages aux noms prédestinés, placés sur cette scène unique dont les quelques compartiments – restaurant, café, salle d’interrogation, jardin clos – ne sont que des variantes ! Excepté, peut-être, la scène d’extérieur où l’enfant court vers son père, déchirure claire que trace, sur fond obscur, une mousse de boucles blondes… Belle scène, une des plus fortes du roman, chargée d’une puissance symbolique universelle !

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A propos de l'auteur : Dominique Denes

Dominique DENES a mené une carrière d'enseignant-chercheur en Littérature française et à ce titre, a longtemps travaillé sur l'écriture de grands auteurs contemporains, publiant aux Editions L'Harmattan, Ellipses et PUN, entre autres, les divers travaux et essais qu'elle leur a consacrés. De leur fréquentation, lui sont restés le goût de leurs mots, le balancement de leurs phrases, l'empreinte de leurs vers, et plus largement, l'appel de l'écriture. Elle offre ici sa première œuvre de fiction : Les Déchirures blondes. Les Déchirures blondes est un roman d'amour, ou plus exactement un roman d'amours avec un S de diversité. C'est aussi un roman d'amitié, et plus largement un roman d'amitiés avec un S de complexité. C'est surtout un roman de femmes, et plus précisément un roman de dames où certaines se damnent… C'est au fond un roman d'âmes.