Le Temps Perdu

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Que j’aurais aimé voir Delphine sur le pas de la porte, un enfant dans les bras et l’autre qui tiendrait le bas de sa robe. Et puis un chien à ses pieds, un cocker noir, qui remuerait la queue du plaisir de me voir puis se précipiterait dès que j’aurais ouvert la portière de ma voiture.
À peine venue, cette image idyllique s’effaça de ma pensée.
Pas d’enfants, pas de Delphine. Le chien de mon imagination avait subi une caudectomie, sa queue était coupée, comme la mienne. L’accueil était d’une froideur mortelle.
Un roman aux multiples rebondissements dans les méandres de l’âme humaine…

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Description

EXTRAIT DU LIVRE

Il y a quelques semaines, elle était venue s’installer chez lui, mais elle n’avait pas pour autant quitté son appartement de la rue Lamartine. Elle croyait en cet amour naissant, mais il restait dans son inconscient un sentiment de crainte, une peur de l’inconnu, une blessure profonde qui n’avait pas cicatrisé.

De toute façon, après avoir mis son déguisement, on ne verrait pas grand-chose d’elle…

Une femme est une femme ; elle ne put s’empêcher d’arranger ses cheveux qu’elle releva délicatement de ses deux mains, du mieux qu’elle put, avant d’enfiler une burka qui dissimulait tout son corps à l’exception de ses mains. 

Le cœur d’Elsa se mit à battre très fort lorsqu’il se découvrit, enleva sa barbe, ses moustaches et son crâne postiches. Cette allure, cette voix ne pouvaient pas la tromper. Elle tressaillit. 

Une bouffée de chaleur monta en elle. Elle eut une sensation de flou, d’imprécision, une impression d’anéantissement. Elle sentit qu’elle devenait folle, qu’elle allait perdre totalement le contrôle d’elle-même. La panique s’empara d’elle.
Elle se frottait le visage, se tirait les cheveux comme pour arracher ce masque qui ne lui appartenait pas.

Ses bras tournèrent autour d’elle comme des moulins à vent, faisant tomber un verre qui se brisa sur le sol carrelé. Elle eut la sensation de ne plus pouvoir respirer, son cœur battait à plein régime.

Elle eut envie de se retourner, de s’enfuir, de quitter ce lieu maudit, mais elle ne s’en sentait pas la force. Son reflet dans le miroir la retenait, elle ne pouvait le quitter des yeux, elle était comme hypnotisée.

 Muriel ne pouvait pas croire que les gens agissent par ruse, par méchanceté ou par calcul. La vie n’avait pas été douce pour elle, mais l’avait tenue à l’écart des chemins tortueux. De ceux où l’on rencontre le vice, la bassesse, l’intérêt et le calcul.

 Le petit déjeuner était un moment privilégié, un cérémonial ; il coupa la ficelle qu’il avait rapportée, la partagea en deux de telle façon que chacun ait une partie du dessus et du dessous et il se mit à beurrer les deux moitiés et en tendit une à Muriel. Puis ils la trempèrent dans leur café et savourèrent ce moment. N’y avait-il rien de plus agréable que des choses simples ?

 Elle semblait médusée, regardait de tous les côtés. Dire qu’elle avait peur eut été inexact, mais son regard ne savait pas sur quoi s’arrêter. Elle semblait plus étonnée qu’effrayée. L’attitude des gens était tellement différente, plusieurs personnes passèrent devant elle en parlant à haute voix alors qu’ils étaient seuls. Certains avaient des écouteurs dans les oreilles et chantaient ou fredonnaient en marchant. Ils avaient les yeux ailleurs et semblaient dans une bulle. Que c’est étrange ! se dit-elle.

 Elsa se sentait perdue, abasourdie. À chaque pas, elle se tournait vers quelque chose ou quelqu’un, mais elle ne disait plus rien. Elle dévisageait les gens comme pour leur extirper leur secret, mais il lui semblait faire face à un mur. Ce n’est pas possible que le monde ait changé ainsi… Est-ce moi qui déraille, suis-je devenue folle ? J’ai peur…

Dans le wagon, l’affluence les pressa l’un contre l’autre et Elsa s’accommoda de la présence chaude et réconfortante d’Hervé. Quant à Hervé, le petit sourire sur ses lèvres révélait qu’il ne détestait pas cet instant. Des cheveux noir de jais d’Elsa émanait une douce odeur qu’il n’aurait pas su nommer, mais qu’il connaissait bien.

Elle s’était agrippée au bras d’Hervé et l’avait tutoyé pour la première fois.

Le malheur ou la douleur ont la faculté de rapprocher les êtres, se disait-il.

Hervé la regarda, perplexe. Il cherchait des réponses dans les yeux de Muriel, mais elle regardait au loin, le regard perdu, par la fenêtre, de l’autre côté de la rue. Il n’y avait pas beaucoup de chances qu’elle y découvre quelque chose. À moins que, comme le disait le Petit Prince, « on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. »

Le cœur d’Elsa était rempli d’affection pour cet homme qui lui manifestait tant d’attention. Il était tendre et délicat. Elle n’avait jamais connu ça avant. Elle habitait chez lui maintenant la plupart du temps et souvent, quand elle rentrait, elle trouvait un petit mot sur la table du salon, un poème, des fleurs. Mais, surtout, il la rassurait et savait la faire rire…

Alors qu’ils dînaient à la terrasse d’un restaurant, une jeune femme d’une trentaine d’années sortit, revêtue d’une jupe faite dans un tissu Vichy rouge et blanc. Elle se trouvait face à lui et il en profita pour lui jeter « Mademoiselle, mademoiselle, attention vous emportez la nappe ! » Elle était devenue rouge de colère et prise au dépourvu lui avait balancé un poème en deux rimes « Retourne donc à Saint-Brieuc, espèce de bouseux ! » qu’il avait bien mérité.

Marc avait vécu une vie de baroudeur, erré dans les coins les plus perdus du monde, …Et là, en cet instant précis, alors qu’il allait franchir cette porte, il tremblait comme une feuille, la sueur lui coulait sur le front, il aurait voulu dévaler les escaliers quatre à quatre et s’enfuir.

Ils s’embrassèrent comme l’auraient fait deux étrangers, sur les joues ; pourtant la tentation pour Marc était grande, il se serait bien jeté sur elle, l’aurait bien enlacée, lui aurait dit combien elle lui avait manqué, mais il ne le pouvait pas.

Elsa leva les yeux vers Marc. Elle n’avait pas vraiment fait attention à son physique et elle se mit à l’observer. Il était de taille moyenne, assez mince. Sans doute devait-il pratiquer pas mal de sport. Il avait les yeux clairs, avec un peu de vert et de bleu, pétillants de vivacité. Mais ce que l’on remarquait le plus dans son visage, c’était ses oreilles décollées et son menton fendu à la hache par son milieu. On aurait dit une paire de fesses. Cela lui donnait un air hors du commun qu’on ne pouvait pas ne pas remarquer et encore moins oublier. Elsa n’avait pas eu cette chance, elle n’avait malheureusement aucun souvenir de lui.

Souvent, on croit que le bonheur se trouve sur un terrain lisse et plat. Mais pas du tout, le bonheur n’existe pas sans le malheur. Ce sont les contraires qui s’attirent, les mêmes pôles de deux aimants se repoussent.

Chaque journée qui passe s’ajoute à ce calvaire,

Le matin fait d’espoir, le soir de misère.

J’observe tous les hommes d’un regard suspicieux,

Suppliant, gémissant et conjurant les cieux,

Guettant à la fenêtre, la moindre animation,

Attentive à la porte à toute agitation.

Informations complémentaires

Format Livre

ISBN Ebook

Version

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A propos de l'auteur : Pierre Zakary

C’est à 64 ans que Pierre Zakary se met à l’écriture de pièces de théâtre et ce n’est que 5 ans plus tard qu’il attaque son premier roman. Il est alors à la retraite et dispose du temps qu’il faut pour s’y consacrer pleinement et avec toute la passion qui l’anime. L’écriture devient pour lui un plaisir quotidien et il y consacre chaque jour plusieurs heures, ne s’interrompant parfois que pour les repas, pour sortir Penny Lane, son cocker blanc et feu et pour saluer la boulangère.