Le double

9.99 19.90 

Resté seul à l’hôtel Matignon, un vendredi soir du mois d’octobre, le Premier ministre Georges Dalembert rumine de sombres pensées. Depuis quelques semaines, le Président le fuit. Marc-Édouard Crillon, son ami et complice de toujours, a brusquement cessé de lui adresser la parole. Il s’entoure de nouveaux conseillers et gouverne sans lui. Dalembert consulte ses deux autres vieux complices, le ministre de l’Intérieur et le secrétaire général de l’Élysée : ils sont également dans le brouillard, le Président a coupé tout contact avec eux, tandis qu’enflent les rumeurs d’un virage politique à cent quatre-vingts degrés : rapprochement avec la Russie de Poutine, entrée au gouvernement de l’extrême droite.

Qu’est-il arrivé à « leur » Marc-Édouard ? Les trois hommes se perdent en conjectures, ignorants de la machination diabolique ourdie par les services russes.

Effacer
UGS : ND Catégories : , Brand:

Description

Il ouvrit la porte-fenêtre la plus proche, passa la tête à l’extérieur pour humer l’odeur si particulière des jardins de Matignon en automne, mélange de pelouse gorgée de pluie et de feuilles mortes en décomposition. J’aurais dû être garde forestier comme mon oncle Alfred, se dit-il en craquant une allumette et en caressant de la flamme l’extrémité de son Rosado 54. Garde-chasse, non, il faut courir après les braconniers, se fatiguer, jouer les méchants, mais garde forestier, oui, avec joie, un vrai métier de contemplatif. Il se complut un moment dans cette flatteuse représentation de lui-même, vieux chef apache scrutant l’horizon du sommet de sa montagne, anachorète perdu au milieu des immensités sibériennes glacées, au fond j’étais un méditatif, se dit-il encore en aspirant dans le rythme de longues bouffées de tabac dominicain.

C’était si simple d’être heureux.

Mais ce moment de pure sérénité ne dura pas.

************

Installé à une table isolée, à l’écart des oreilles indiscrètes, et voyant se profiler au loin la silhouette trop élégante d’Anatoli Orlov, Zadkine ne peut réprimer un sentiment d’agacement. Ce type aurait dû faire carrière comme partenaire de tango dans les dancings pour vieilles dames, ou alors gigolo professionnel, se dit-il, je me demande pourquoi le Centre lui passe tous ses caprices, mais bon, il nous a arrangé quelques grosses affaires, et jusqu’à présent il s’est montré fiable. Jusqu’au jour où… Comment se fier à un danseur de tango ! L’artiste est devant lui, sourire jovial de commande, il lui tend une main franche et virile :

— Bonjour, mon colonel, quelle belle journée, n’est-ce pas ! Vous voulez aller faire un tour, ou avons-nous le temps de boire un café ?

Exaspérante également cette obséquiosité à son égard. Le chef d’antenne du FSB à Paris a beau être son supérieur en grade, sa juridiction se limite à la France et à quelques zones limitrophes, tandis qu’Orlov dépend directement de Moscou, où il semble disposer de certains appuis. Ce qui change beaucoup de choses.

Informations complémentaires

Format Livre

ISBN Ebook

Version

,

ISBN Livre

Avis

Il n’y a pas encore d’avis.

Soyez le premier à laisser votre avis sur “Le double”

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A propos de l'auteur(e) : Louis-Bernard Robitaille

Écrivain et journaliste né au Canada, Louis-Bernard Robitaille a été pendant trois décennies le correspondant de La Presse de Montréal et un observateur vigilant de la société française. Il a publié une quinzaine d’ouvrages, parmi lesquels Le Salon des Immortels, Ces impossibles Français et Les Parisiens sont pires que vous ne le croyez (aux éditions Denoël). Parmi ses romans, citons Long Beach (Denoël), Dernier voyage à Buenos Aires, La Péninsule et Un parfait salaud (Notabilia).