Larsa – Journal du topographe – Tome I : 1983-1985

9.99 20.90 

Ce livre rassemble les journaux de deux campagnes de fouilles archéologiques qui se sont déroulées en 1983 et 1985 dans le sud de l’Irak alors en guerre contre l’Iran, sur le site de la ville antique de Larsa. Il relate, avec ses aléas, ses routines, ses grands ou petits moments et ses décalages, la vie quotidienne d’une équipe de chercheurs et de techniciens isolés dans le désert mésopotamien et travaillant dans des conditions difficiles en raison de l’absence de confort et d’une météo souvent contrariante. La grande aventure romanesque est loin d’être le lot de ces archéologues plongés dans une routine assez ingrate où les belles trouvailles sont rares et les résultats lents à apparaître. Pendant deux mois et malgré l’immensité de l’espace environnant, cette communauté, confinée par nécessité dans les limites des deux sites exploités et de la maison de fouille trouve rapidement un équilibre indispensable à la cohabitation. Morosité, fous rires, récriminations, exubérance, mélancolie, ennuis de santé ou menus plaisirs ponctuent ce séjour hors du temps et loin des siens. Il en ressort malgré tout une impression d’optimisme et de combativité avec, au bout du compte, la gratification pour chacun des participants d’avoir mené à bien un projet collectif pas très simple et le sentiment d’avoir vécu cette expérience comme un privilège.

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Description

EXTRAITS DU LIVRE

“Saoulés par le vent, les fouilleurs restent un moment dans la salle à manger, silencieux et hébétés comme des sportifs qui récupèrent après un gros effort. Je me calfeutre dans ma chambre en obstruant au mieux les trous et les fentes de la porte avec de la mousse d’emballage de l’équipement solaire pour diminuer les entrées de sable. Puis je me couche, la tête lourde, ne pouvant rien faire de mieux tant que les éléments sont déchaînés. Tout est recouvert par un film de poussière dans la pièce. L’air lui-même est saturé d’un âcre brouillard jaunâtre. Le mugissement du vent emplit l’espace et des bourrasques folles bousculent portes et fenêtres. La température est lourde, épuisante, le soleil est livide, les nerfs sont tendus et les corps sont moites. Ce temps est oppressant et on se sent abattu.”

 

“J’engloutis une grande quantité de pain pour le déjeuner tellement j’ai faim, puis je pars avec Haddad pour Shatrah ramener le maçon. En passant à proximité du mausolée d’Abbas el Kurdi, Haddad et notre passager se lancent dans une longue et bruyante discussion sur les tombeaux des grands hommes de la religion. Au moins ça m’empêche de m’endormir. A un moment du débat, ils s’adressent à moi pour savoir où est enterré le Christ. Leur sujet d’étude prend de l’ampleur. Nous laissons le vieux maçon à l’entrée de Shatrah et je me dépêche de rentrer pour éviter d’être surpris par la nuit sur la piste.

Haddad, ce grand gaillard de Bédouin buriné portant moustache à la gauloise et doté d’une voix d’orage, s’amuse pour tuer le temps à saluer tous les piquets qui jalonnent l’itinéraire d’un puissant “salam aleikoum!” Il tend alors ostensiblement l’oreille, constate l’absence de réponse et prend un air qui se voudrait offusqué mais qui est déjà facétieux tout en récriminant face à tant d’impolitesse. Il laisse passer une seconde puis frappe son genou d’une grande claque et part d’un éclat de rire à nous faire sortir de la piste. Un grand garçon comme ça de cinquante-neuf ans, tout de même! J’arrive à destination à la lueur des phares, assourdi par le bruit de la carrosserie, du moteur, et des espiègleries d’Haddad qui a fini par s’assoupir en fin de parcours. ”

 

“Dans lʼaprès-midi commence le rangement de la maison et du matériel de la mission, rangement qui se traduit inévitablement par un fouillis et une pagaille démesurés. Toute mise en ordre de quelque ampleur débute toujours par une mise en désordre de taille correspondante. Il faut en effet vider toutes les caisses, les malles et les sacs, faire lʼinventaire des contenus déployés puis les reconditionner de la manière qui semble la plus rationnelle. Après deux mois de mission, les objets ont circulé en tous sens pour se retrouver soit entassés en vrac et à la va-vite sur des étagères ou des caisses où ils nʼont rien à faire, soit dispersés aux quatre coins de la maison et, dans ce cas, on se rend compte que “quatre” est un nombre vraiment très grand.

Catherine est chargée de lʼopération dʼinventaire. Elle orchestre attentivement la répartition de toutes nos possessions en les enregistrant au fur et à mesure par grandes catégories. Toute tentative dʼapproche de ce déballage par lʼun ou lʼautre dʼentre nous est accueillie par un courroux de mère-poule.”

Informations complémentaires

Format Livre

ISBN Ebook

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A propos de l'auteur : Joël Suire

À l'issue de ses études d'ingénieur géomètre-topographe, Joël Suire est entré au CNRS dans un laboratoire d'archéologie. Il participe à des missions de terrain à l'étranger, la plupart en conditions difficiles, pour y assurer les fonctions de topographe, mais également d'architecte, de dessinateur ou de photographe. Et c'est en outre pour pouvoir classer les centaines de photographies rapportées de ces opérations qu'il rédige un journal de campagne. Il a ainsi accumulé une cinquantaine de cahiers provenant de régions diverses (Iraq, Yémen, Turkménistan, Mongolie, Chine, Ouzbékistan, Mauritanie, Syrie, Tadjikistan, Crète, Pakistan, Ladakh…) dans lesquels, outre les notes du quotidien, il fait part d'impressions plus larges sur les contrées traversées, les personnes rencontrées ou les évènements observés. Ni écrivain, ni archéologue, ses textes témoignent cependant d'un aspect méconnu de l'archéologie : la vie des équipes de recherche sur le terrain. Ce sont précisément ses collègues archéologues qui l'ont incité à les publier.