Larsa Journal du topographe – Tome 2 : 1987 – 1989

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Ce volume contient les journaux des deux campagnes suivantes, 1987 et 1989. Les conditions de vie sont toujours aussi rudimentaires. L’équipe des archéologues a été en partie renouvelée et, à Larsa, le programme scientifique a changé. Mais pour l’essentiel, on retrouve les mêmes soucis, les mêmes satisfactions que dans le volume 1. Bédouins, loups, vents de sable, chameaux, moutons, chaleur, fatigue, et Haddad sont à nouveau présents pour donner un peu de matière au quotidien austère et répétitif de la mission.

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Description

« La petite voiture blanche est dans un état pitoyable, crottée jusqu’au toit. À la voir, il est évident qu’elle a dû s’embourber à plusieurs reprises. J’examine le dessous de la caisse pour détecter les dégâts possibles. Une gangue de boue compacte, dure et lourde s’est plaquée partout sur les amortisseurs, les suspensions, les ponts, les arbres et le châssis en formant une sorte de béton impossible à décoller dans cet état de prise avancée. Je vérifie le niveau d’huile, car je suppose que le moteur a beaucoup forcé aujourd’hui. Le niveau de liquide dans le maître-cylindre d’embrayage a baissé dangereusement, il n’en reste presque plus. Il va falloir être très doux avec la pédale de gauche si on veut rentrer.

Jean-Louis raconte. Il a choisi la rive la plus carrossable du Chouroul olandi mais, à l’approche de Nasriyeh, il l’a trouvée coupée par des travaux. Il lui a fallu descendre de la digue, patiner dans d’énormes chantiers de terrassement désertés pour cause d’intempéries, remonter sur une autre digue qui protège la ville des crues de l’Euphrate, la suivre sur plusieurs kilomètres en contournant l’agglomération avant de pouvoir atteindre enfin une route asphaltée, la jauge d’essence à zéro depuis un moment déjà. La voiture s’est embourbée à maintes reprises et, dans la section la plus ravagée, il fallait tous les cinquante mètres dégager la roue arrière droite du bouchon de glaise qui s’agglutinait entre le pneu et la carrosserie. Partis à sept heures de Larsa, Jean-Louis et Haddad sont arrivés à Nasriyeh couverts de boue à midi, pour un itinéraire qui se parcourt habituellement en une heure et demie tout au plus. Après avoir refait le plein d’essence, ils sont partis directement pour Batha, sans plus se préoccuper de camions dont ils étaient maintenant assurés qu’ils ne pourraient pas passer. À Batha, ils ont obtenu du Moudir en Naï quatre tracteurs, instantanément, par la méthode la plus simple et la plus rapide que l’on puisse imaginer : des policiers se sont postés à un carrefour, ont arrêté les quatre premiers tracteurs avec remorque qui se présentaient et les ont réquisitionnés pour déménager la mission française de Larsa où ils ont été expédiés séance tenante et sans discuter puisque de toute façon on ne leur demandait pas leur avis. »

 

 

« En arrivant au niveau des Mahmoudiyat, nous croisons un cycliste sur la piste. Jean-Louis arrête la voiture et invective le Bédouin en tapotant le verre de sa montre du bout de son index droit pour bien lui faire comprendre son mécontentement de ce retard au travail. Il conclut que si ça se reproduit encore une fois, il lui supprime une journée de salaire. Et dʹembrayer pour démarrer sur les chapeaux de roues en plantant là lʹhomme muet de stupeur. Il demande à Haddad – qui est resté coi et médusé lui aussi pendant lʹescarmouche – de rappeler le message au lascar à la première occasion. Encore un peu décontenancé, Haddad lui répond que ça ne servira à rien puisquʹil ne le connaît pas. Il ne fait pas partie de nos ouvriers. Nous laissons derrière nous un voyageur qui nʹa pas fini de se demander ce qui a bien pu se passer ce 25 novembre à sept heures sur cette piste connue et habituellement sans surprise. »

 

Informations complémentaires

Format Livre

ISBN Ebook

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A propos de l'auteur : Joël Suire

À l'issue de ses études d'ingénieur géomètre-topographe, Joël Suire est entré au CNRS dans un laboratoire d'archéologie. Il participe à des missions de terrain à l'étranger, la plupart en conditions difficiles, pour y assurer les fonctions de topographe, mais également d'architecte, de dessinateur ou de photographe. Et c'est en outre pour pouvoir classer les centaines de photographies rapportées de ces opérations qu'il rédige un journal de campagne. Il a ainsi accumulé une cinquantaine de cahiers provenant de régions diverses (Iraq, Yémen, Turkménistan, Mongolie, Chine, Ouzbékistan, Mauritanie, Syrie, Tadjikistan, Crète, Pakistan, Ladakh…) dans lesquels, outre les notes du quotidien, il fait part d'impressions plus larges sur les contrées traversées, les personnes rencontrées ou les évènements observés. Ni écrivain, ni archéologue, ses textes témoignent cependant d'un aspect méconnu de l'archéologie : la vie des équipes de recherche sur le terrain. Ce sont précisément ses collègues archéologues qui l'ont incité à les publier.