La fugue

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C’est le reflet d’une époque du début des années 1950 aux années 1970, que l’on retrouve dans ce récit autobiographique. Demeurant avec ses parents, ses frères et sœurs, dans un quartier populaire de Paris, « Belleville » qui ressemblait à un village à ce moment-là, chacun se connaissait, le paupérisme présent unissait les habitants entre eux, créant une ambiance particulière. L’auteure y raconte son enfance quelque peu singulière et pas ordinaire, à cause d’un père marginal, instable et bohème mais aimant tout de même, qui la conduira vers une adolescence tumultueuse amenant à un drame. Les moments forts de ce pan de vie y sont décrits avec beaucoup d’émotion et d’authenticité, mais sans larmoiements.

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Description

EXTRAITS DU LIVRE

Et tout a débuté le jour du 13 juillet.

Depuis quelque temps déjà, nous traînions sur les quais de la Seine, envahis à l’époque par les beatniks comme nous les appelions alors, ces jeunes aux cheveux longs, en errance, à la recherche de l’aventure, et quelle aventure, celle de leur vie !

Nous en faisions tout autant, nous trouvions cela fantastique, ces jeunes corps, allongés les uns à côté des autres, d’origines très diverses, allemandes, anglaises, suédoises, américaines, hollandaises même si nous ne comprenions pas la langue, nous communiquions, pas de chichi, faire la connaissance de quelqu’un se faisait sans façon, sans courbettes, le contact était facile, comme chez les enfants, nous vivions dans le même monde, on se ressemblait.

On vivait dans l’instant, à 17 ans ou 19 ans l’avenir importe peu et le présent c’était ces airs de musique, des airs des Beatles, des Rolling Stones, ou bien encore de Bob Dylan ou Joan Baez que certains d’entre nous grattaient sur leurs guitares.

On parlait de tout, de rien. La guerre du Viêt Nam battait son plein, chacun donnait son opinion, étions-nous pour ou contre les Américains ? Plutôt contre…

C’était l’époque de la non-violence, l’accalmie avant la tempête, 68 couvait. La drogue aussi circulait, mais ni Jeannine ni moi n’y touchions, pourquoi ?

Par peur sûrement d’aller trop loin ? Je ne sais pas. En ce qui me concerne, ma curiosité ne m’entraînait pas dans ce domaine, je savais par certains les effets magiques qu’elle pouvait produire mais moi je voulais dominer ma vie, je me flattais de n’avoir recours à aucun subterfuge pour être gaie ou triste selon les moments.

Je ne jugeais pas ceux qui en prenaient mais je me disais qu’ils étaient faibles, que l’individu devait savoir accepter les mauvaises facéties du destin même si le fardeau est lourd à porter parfois.

Aujourd’hui, je le pense encore, de plus, j’ai appris qu’après l’orage, vient toujours une éclaircie, même s’il dure longtemps et que les éclairs ont fait du dégât.

Donc, nous errions là… Qu’y faisions-nous ? En ce qui me concerne, je me noyais, je m’incorporais à cette jeunesse pour avoir l’illusion d’exister.

Je refusais ma jeune vie, je n’étais rien, j’en avais déjà conscience, la société telle qu’elle était conçue me révoltait déjà, je refusais d’y entrer, j’avais peur, j’étais déjà seule mais je l’ignorais, je le ressentais au plus profond de moi-même, j’aurais été incapable de l’expliquer. Je fuyais ma vie, je m’en échappais en courant après des chimères.

Je voulais croire en un monde meilleur, je me l’inventais, je me le construisais, seulement il n’y avait que moi qui le voyais et Jeannine, je l’entraînais dans mon évasion, elle ne savait pas pourquoi, ou elle le savait, peut-être qu’elle le voulait aussi, je ne sais pas, c’est si loin tout ça, en tous cas, nous nous trouvions des prétextes, nous avions quitté le domicile parental deux jours auparavant et nulle envie d’y retourner.

 

Ce 13 juillet, la seule préoccupation du moment consistait à se trouver de l’argent pour pouvoir se nourrir. Le seul moyen, faire la manche, ce que nous fîmes en compagnie d’autres garçons et filles. Notre recette bien maigre nous permit de nous payer une frite-saucisses, royal !

La fête nationale se préparait, cette année-là, elle tombait un vendredi soir, cela annonçait un long week-end en perspective.

La nuit commençait à venir et nous hésitions entre plusieurs bals de quartier, nous avons finalement opté pour celui de la Bastille, symbolique ? Non, tout simplement parce qu’à pied de Saint-Michel, la marche n’était pas trop longue.

Nous avions fait la connaissance, dans l’après-midi, d’une fille, Christine, si j’avais à la décrire physiquement, je la comparerais à l’actrice Marie-Christine Barrault.

C’est en sa compagnie, et avec quelques autres, que nos pas nous traînèrent non pas à Bastille, trop de monde, nous avons continué par la rue de la Roquette car un autre bal se déroulait place Voltaire.

Bizarrement, les bals populaires, je m’y suis toujours ennuyée, j’étais là sans aucune envie de danser, à observer les gens, je trouvais médiocre ce petit peuple, je le méprisais, peut-être parce que j’en faisais partie et que c’est à moi que cela s’adressait.

Je ne me sentais pas à ma place, je n’ai jamais su d’ailleurs où elle était, et pourtant j’aimais l’accordéon, je me laissais transporter par la musique, je rêvais. À quoi ? Je ne sais plus, je m’évadais du réel, j’étais dans une autre sphère, dans une autre vie, je me racontais des histoires, j’y croyais.

J’étais petite et grande à la fois, je dominais cette foule, je volais au-dessus d’eux, mon regard les engloutissait, je voyais sans voir, tous les visages se ressemblaient, géante, je me voyais !

Et pourtant petite j’étais, aussi petite qu’eux, noyée parmi eux, une fourmi parmi les fourmis…

 

 

 

 

Informations complémentaires

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3 avis pour La fugue

  1. Véronique HARANG

    Je viens d achever ce livre de Monique BACONNET, c’est un récit tellement poignant et touchant qu il est difficile de s’interrompre dans la lecture..chacun y retrouvera des souvenirs d enfance, des airs musiques, ou des lieux connus.
    Je le recommande même à ceux qui ne sont pas fan de lecture, les pages défilent sans qu on s’en aperçoive !

  2. Jean-Louis TIXIER

    L’émotion est présente à chaque page, belle écriture, simple, souple et agréable. Merci pour ce livre courageux et talentueux.

  3. Monique BARBARAT

    J’ai lu le livre d’une seule traite sans pouvoir le lâcher. L’écriture est fluide et laisse passer toute une palettes de sentiments. A lire absolument en attendant le prochain.

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A propos de l'auteur : Monique Baconnet

Arrivée à l’âge de 3 ans à Paris, elle y a toujours vécu. Mère de deux enfants, elle a eu un parcours de vie, comme tout un chacun, avec des hauts, des bas. Cependant, elle n’a jamais oublié le début de sa vie. Il n’y a pas de hasard, tout part de l’enfance, notre avenir dépend d’elle, c’est elle qui va diriger notre orientation, nos choix, nos motivations. Une enfance spéciale qui lui a donné une force dans tous les combats de son existence, et qu’elle a envie de partager aujourd'hui.

Monique BACONNET est née dans le Pas-de-Calais d’une mère Polonaise et d’un père Français, disparus aujourd'hui.