Je ne dois rien à la vie

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Après avoir soutenu durant des années ses parents dans leur vieillesse et leur maladie et avoir fait auprès d’eux l’expérience de la fragilité de la vie qui était, sans qu’il l’ait su, depuis le début au cœur de toute leur relation, comme au cœur de toute relation véritablement humaine, comme une sauvegarde de notre humanité, le narrateur relit certains pans de son existence à l’aune de cette fragilité, en découvrant a posteriori les nombreux sourires laissés par la mort sur son chemin, qui d’une manière paradoxale témoignaient de cette fragilité, une fragilité souvent mise à mal et qu’il faudrait sans cesse défendre comme un bien ultime, celle qui unit en dépit de toutes les forces, de tous les discours destructeurs, qui entendent désunir, fracasser nos vies.

 

Une œuvre intimiste qui pose des questions sur le fonctionnement de nos sociétés.

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Description

 

De ce jour, j’ai peut-être renoncé à la mort pour mes proches. Comment être vivant et imaginer la mort ? Mes parents m’avaient placé au rez-de-chaussée de l’habitation pour m’éviter tout désagrément, pour me laisser hors de ce champ de bataille. C’était la nuit. Mon grand-père n’avait pas survécu à une crise cardiaque. Il était cheminot. Ses collègues l’avaient transporté à la maison sur leurs épaules cahin-caha. Il y avait là quelque chose d’inavouable, quelque chose hors de son cours normal, incompatible avec ma naissance. Deux pôles antithétiques qui ne pourraient jamais se rejoindre, se compléter. Deux trains qui ne pourraient jamais se rencontrer. Comme des mondes incompréhensibles en proie avec leur propre réalité : celui d’exister et celui de mourir. Qui avait le pas sur l’autre ? L’un effaçant l’autre. Qui devait avoir le dernier mot ? Si mort il y avait, il y avait forcément eu naissance, une tragédie en deux actes en somme, l’un aussi absurde que l’autre. L’un et l’autre se faisant face, ne sachant que dire, que faire, emprisonnés dans leurs contradictions, de natures différentes et qui se compénétraient cependant, sans que l’on puisse vraiment savoir qui l’emporte puisque la mort elle-même est évanescente et ne conduit à rien d’autre qu’à sa propre disparition. Une sorte de match nul donc, le dédoublement d’un rien, avec un reste nul.

Il y avait de l’agitation à l’étage. Mon grand-père dans son lit mortuaire, des personnes montant le voir, probablement aussi le prêtre au son émis de son pas pénétrant. J’imaginais la scène. De lui à moi il y avait un étage, une volée d’escalier, comme une volée de papillons, si facile à grimper, si facile à monter et pour laquelle il faut parfois toute une vie de labeur pour y arriver, pour la gravir comme un Golgotha, pour vaincre enfin la gravité du monde et s’estomper dans un monde sans gravité, sans centre aucun.

Je ne sais si je me suis plu dans ce monde sans gravité, sans accent, enfant dans mon berceau. Il a continué à briller faiblement comme une torche dans la nuit allumée sur une autre rive, comme s’il se délivrait de son poids, comme s’il était abîmé d’exister, comme s’il était en sursis, comme quelque chose à interpréter, et j’étais là, couché, ramassé sur moi-même, suçant mes doigts un peu gourds, altérés par l’atmosphère, en sanglots, à la fois sans mots et sans perspective, interrogatif, en attente d’un déluge.

 

Extrait 2 :

 

C’est-à-dire en suspension, avec trois petits points à la clef, comme les trois petits cochons, en suspension de moi-même, en lévitation, si l’on veut, pour éviter précisément le point d’exclamation qui ôterait le pain de ma bouche, qui bouclerait ma boucle et me bouclerait en prison, tout habitant de ma ZAD que je suis.

Je suis un ami forcé des quadrilatères, comme tout habitant d’une ville, qui font les trames et les drames des prisons. Je ne sais trop si c’est le bouclage d’une ville qui imite la prison ou son contraire. J’ai entendu les deux versions. Des quadrilatères qui se superposent à d’autres, comme des pièces d’un jeu identique. Une sorte de labyrinthe dont il est impossible de se sortir vivant tout seul ; il faut forcément, obligatoirement, suivre celui qui vous précède, quitte à le lâcher pour un autre et ainsi de suite, du soir au matin et du matin au soir. Cela s’appelle vivre sa vie. Cela s’appelle liberté. Cela s’appelle libération des mœurs. Comme un vol de pigeons lâchés sur une ville.

Je me drape dans mon costume, j’enfile ma cravate, j’ajuste mon imper, je mets mes chaussures, ce qui s’appelle rejoindre mon bureau. Il y a les heures creuses et les heures pleines, les heures où l’on se creuse l’esprit pour trouver la sortie, les autres pour s’assumer pleinement aux yeux d’autrui.

 

Informations complémentaires

Format Livre

ISBN Ebook

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A propos de l'auteur : Serge de Vroede

Orientaliste de formation, titulaire d'un mastère en gestion de l'environnement, diplômé de l'EHESS à Paris, aimant les déserts comme celui de Gobi qu'il a arpenté et le silence, soucieux de l'unité du vivant en œuvrant depuis des décennies en faveur de la nature, Serge de Vroede ne cesse de redéfinir les traits si particuliers de notre espèce dans son odyssée à la recherche d'elle-même.