Forgez votre destin

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Le présent ouvrage est une autobiographie et un témoignage retraçant le long itinéraire de l’auteur. Il passe en revue les souvenirs de son enfance au village, sa formation scolaire et universitaire entrecoupée d’interruptions dues à la nécessité d’enseigner, en appui à sa famille et à son internement au tristement célèbre Camp Boiro, avant de devenir le premier diplômé de la jeune université guinéenne.

Après des études avec une bourse des Nations Unies à l’Institut d’Études du Développement Économique et Social de Paris en 1968, il occupera de hautes fonctions sur le plan national et international, notamment celles de Directeur Général de la BNDA, d’Ambassadeur en Arabie Saoudite, de Directeur Général de la Société Nationale d’Assurance et Réassurance, d’Administrateur de la BID et Secrétaire Général Adjoint de l’OCI.

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Description

EXTRAITS DU LIVRE

une nouvelle étoile dans la littérature africaine

Un « livre éclairant sur le passé récent » de la Guinée comme l’a écrit dans la préface le Professeur Djibril Tamsir NIANE et qui vous replonge dans la vie en campagne et les traditions africaines. Voici des extraits de ce nouveau livre.

 Le grand Chasseur

 Si Thierno Oumar Dalaba avait forgé lui-même son canton et son pouvoir, on peut dire que Alpha Mamadou Bobo Bodié avait conquis son canton, arme au point c’est- à- dire avec le fusil. C’était l’un des plus grands, sinon le plus grand chasseur de la Guinée Française, pour ne pas dire de toute l’Afrique Occidentale Française.

Dès ma jeunesse, j’ai entendu raconter des exploits extraordinaires sur ce grand chasseur et comment il a pu impressionner les autorités coloniales grâce à son courage, voire son caractère téméraire, ce qui lui permit de conquérir son pouvoir arme à la main, je raconterai ici deux anecdotes.

Lorsque j’étais enfant on racontait que l’administration coloniale française avait construit au début de la colonisation une route quelque part dans les massifs du Foutah Djallon en utilisant les travaux forcés auxquels les indigènes étaient astreints. Cette route sinueuse franchissait des montagnes. Or, cette route, à un tournant, passait sous un rocher immense encastré dans la montagne et qu’on ne pouvait pas enlever. Un jour, un serpent immense et dangereux qu’on appelle en langue peule ou poular « billal » était venu habiter sur ce rocher. Ce serpent qu’on appelle serpent minute fracassait la tête de tous ceux qui passaient sous ce rocher, ce qui aboutit à couper la circulation sur ce tronçon de la route.

L’Administration coloniale devait absolument régler ce grave problème qui portait atteinte même à sa crédibilité et compliquait la mise en place de son administration. Ayant été informé des exploits du jeune Alpha Mamadou Bobo Bodié dont la renommée comme un tireur d’élite intrépide était connue dans toute la région, Harley le commandant de la subdivision administrative de Ditinn fit appel à lui pour éliminer ce dangereux serpent.

L’histoire dit qu’après avoir accepté la mission que lui avait confiée le commandant blanc, Alpha Mamadou Bobo vint habiter dans un village voisin de l’endroit où le gros serpent avait élu domicile. Il fit trois nuits de prières avant de s’attaquer au dangereux reptile.

Le quatrième jour, il fit sa prière de Fajr à cinq heures du matin, puis prit le chemin de l’endroit où se trouvait le serpent. Il marchait lentement, dignement en récitant des versets de Saint Coran, tenant son fusil de chasse de deux coups de la main gauche et son chapelet de la main droite. Il était très concentré et marchait toujours lentement vers l’objectif, accompagné de son griot Farba Maka Djéli du village de Manta, près de Bodié. Ils marchèrent trois kilomètres avant d’arriver aux environs de l’endroit où s’était installé le gros reptile. A un kilomètre du rocher où le gros serpent avait élu domicile, Alpha Mamadou Bobo dit à son griot « toi, tu restes ici et je continue seul. Si tu entends un seul coup de fusil, il faudra conclure que le serpent m’a tué, mais si tu entends un deuxième coup de feu, cela signifiera que j’ai tué le serpent».

En cette matinée fatidique, un drame se jouait quelque part sur les montagnes du Foutah Djallon.

Un drame dont l’issue était fatal. Qui allait mourir ? Le chasseur ou le serpent ? Comme disait la chanson « il faisait jour, le ciel était rose et l’horizon vermeil »

La nature parfois insensible aux problèmes des hommes ignorait le drame qui se jouait sous le rocher.

Alpha Mamadou Bobo, en grand chasseur connaissait toutes les méthodes et tous les secrets du camouflage. Il s’approchait maintenant lentement du gros serpent en marchant sur la pointe des pieds car le moindre bruit éveillerait l’attention du dangereux reptile. Il avança donc lentement et sans bruit retenant son souffle et bientôt il aperçut le gros rocher au -dessus duquel était couché le dangereux animal. Il mit le chapelet dans sa poche et approcha du rocher avec précaution. Comme disait la chanson « le soleil s’était levé et l’horizon était vermeil ».

Cependant en cette matinée une victoire historique ou une tragédie attendait le grand chasseur et il en était conscient. Arrivé à cent mètres du fameux rocher le grand chasseur se baissa presque jusqu’à terre et se mit à avancer assis, le fusil à la main comme il en avait l’habitude quand il voulait surprendre un gibier. Il avança, avança lentement jusqu’à environ dix mètres du gros serpent puis il enleva son bonnet qu’il posa sur le tronc d’un arbuste se trouvant sous le rocher.

Puis il recula à trente mètres du rocher. Il cassa la branche d’un arbre. Le serpent, en entendant ce bruit leva sa grosse tête. C’était un animal immense avec une grosse tête qui pouvait avaler un homme. De sa grosse tête sortaient des yeux immenses qui scintillaient au soleil.

L’animal tournait sa grosse tête à gauche, puis à droite. Il aperçut le bonnet sur le bout d’arbre. L’immense reptile avait l’air terrifiant. Il était furieux car quelqu’un avait osé entrer sur « son territoire ». Il leva donc sa tête pour frapper fort l’intrus qui avait osé entrer dans son domaine. Mais mal avait pris le gros animal de lever sa grosse tête car d’un coup de feu le grand chasseur lui fracassa la tête. Le coup de feu avait soulevé l’animal qui s’agitait désespérément au -dessus du rocher puis tomba par terre avec un bruit sourd. Alors Alpha Mamadou Bobo Bodies tira un deuxième coup et le griot cria de sa place et courut annoncer la nouvelle au village.

Farba Macka courait dans la brousse et criait comme quelqu’un qui a perdu la raison. Son bonnet était tombé. Il arriva au village et cria « Alpha Mamadou Bobo WARY BILLAL GAL, Alpha Mamadou
Bobo WARY BILLAL GAL » c’est-à-dire Alpha Mamadou Bobo a tué le gros serpent, Alpha Mamadou Bobo a tué le gros serpent ».

Tout le village se réveilla en sursaut en entendant cette nouvelle extraordinaire.

  1. A la poursuite de la panthère blessée

 

Cependant la tension montait et brusquement apparurent deux panthères. Elles voulaient forcer le barrage des hommes. On tira, une d’elle fut touchée mais réussit à s’échapper. Le chef décida et ordonna de poursuivre les deux panthères. Elles étaient dans la forêt qui entoure Baady, entre Bourouwal Timboobhè et Sokoutala.

La panthère mâle blessée, la femelle s’échappa. Le chef ordonne aux gens de descendre dans la forêt. La panthère prend le boubou de Mody Boubacar Koubia qui s’échappe, les cris, les bruits, les gens qui fuient de toute part, Alpha Mamadou Bobo, le chef de canton dit « ne fuyez pas » Mankaï Tamikouré, un géant de plus de deux mètres se précipita vers la panthère. L’animal sauta sur lui. Il attrapa les deux pattes de devant et dit à deux chasseurs présents sur la scène : « tirez sur la panthère » ceux-ci se sont mis à fuir et Mankaï lâcha la panthère. Quelle tragédie, quelle horreur.

La panthère blessée s’enfuit vers le bas-fond boisé en hurlant.

  • Descendez, suivez la panthère, criait le chef

Les hommes se regardaient, tétanisés de peur

  • Descendez ! répéta le chef

Les gens marchaient dans cette brousse infestée de scorpions et de serpents. Pourquoi donc poursuivre une panthère blessée, pensaient certains sans oser le dire. Il fallait marcher, marcher toujours, vers la mort car chacun avait le sentiment que l’œil du chef de canton, le grand et intrépide chasseur l’observait.

Les gens continuaient à marcher, tremblant ; il fallait chasser la panthère les mains nus, et l’obliger à remonter à l’endroit où les chasseurs attendaient, armes à la main.

Les gens marchaient, tétanisés par la peur vers les bas-fonds de la rivière, vers la forêt touffue où se cachait invisible la panthère blessée. La mort rôdait sous les buissons, derrière les arbres, sous les rochers, des gens allaient mourir et chacun disait « pourvu que ce ne soit pas moi ».

Les gens murmuraient des paroles inaudibles. On avait sans doute récité en cette matinée tragique, dans ce petit marigot du village de Dondé, tous les versets du Saint Coran qu’Allah a descendu sur terre. Mais la mort rôdait toujours et aucune incantation ne semblait l’éloigner…

Informations complémentaires

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ISBN Ebook

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A propos de l'auteur : Thierno Nabika Diallo

Thierno Nabika Diallo est né en 1940 à Bourouwal Timbôbhé (Dalaba). Élève à l’école primaire de Bodié puis au Collège classique de Conakry, il interrompt sa formation pour devenir instituteur à Ditinn, puis reprend ses études au lycée technique de Conakry. En 1961, il est interné treize mois au sinistre Camp Boiro, suite à l’arrestation des enseignants et la révolte conséquente des élèves. À sa sortie de prison, il poursuit ses études, obtient le Bac et devient en 1967 le premier diplômé de l’Institut Polytechnique de Conakry (IPC). Après un stage à l’IEDES de Paris, il assumera de hautes fonctions au service de la Guinée, puis au compte de la Oumma Islamique au sein de la BID et ensuite dans le cadre de l’OCI avant de rentrer en Guinée et prendre sa retraite. Il est titulaire de la Médaille du Travail de la République de Guinée, de la Médaille d’honneur du Tatarstan (Fédération de Russie) et Chevalier de l’Ordre de Valeur de la République du Cameroun.