Confessions d’un exterminateur

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Dan est un jeune homme qui vit en 2048, opportuniste, il ne pense qu’à jouir
des drogues tout en fuyant ses responsabilités. Il vit dans une société dirigée par
une élite sans scrupules qui a banni toute représentation démocratique et qui
traite toute forme de critique politique comme une forme de terrorisme. Les
Opposants sont enfermés dans des goulags appelés « Camps Sanitaires » où ils
rejoignent tous ceux qui présentent des symptômes des nombreuses maladies
incurables modernes. Dan, lui, est bien intégré dans son milieu social jusqu’au
jour où le Ministère, siège ultime du Pouvoir connu pour ses geôles obscures,
le recrute en tant que « jardinier social », expression pudique pour désigner le
tueur à gages à la solde du Pouvoir. Ce dernier justifie cette activité criminelle
par la lutte contre une démographie insupportable et dit choisir ses victimes par
un tirage au sort aléatoire dit « démocratique » ! Mais l’activité de Dan n’est-elle
pas dirigée contre des personnes que le Pouvoir craint ? C’est la question qu’il
se posera quand il réfléchira avec Magda, autre « exterminateur » dont il va faire
connaissance et qui lui fera connaître un sentiment inconnu jusqu’alors : l’Amour.

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Description

On racontait beaucoup d’histoires sur le Ministère, le seul qu’aucune personne de ma connaissance eût visité, le seul que les hooligans craignaient, et ce, malgré la férocité dont faisait preuve la Milice. Mais la Milice était pour nous quelque chose de connu, de familier, on savait comment la prendre et comment traiter avec, le Ministère c’était autre chose, les rumeurs, jamais vérifiées, en faisaient un lieu où l’on décidait les affaires vraiment importantes du Pouvoir. Il était aussi question de cachots secrets et de disparitions étranges à l’intérieur de la bâtisse d’une autre époque qui abritait ses bureaux et donnait aux passants qui s’égaraient sous ses murs une impression indéfinissable. Son côté suranné renforçait le malaise et l’on imaginait sans peine ses couloirs sinistres, sombres et humides, aux couches de peinture successives et ternes, ses lourdes portes en fer dont l’écho se répercutait dans nos mémoires ancestrales.

…………

Il y avait longtemps que dans notre société on ne se regardait plus dans les yeux entre inconnus, c’était même considéré comme quelque chose d’impudique, voire de pervers. Quant à s’adresser la parole sans se connaître c’était quelque chose d’impensable, un interdit qui nous semblait naturel, par ailleurs. J’étais nerveux, c’est pourquoi je sortis ma petite boîte dorée et sniffai rapidement un peu de cette colombienne-hell qui est la meilleure poudre sur le marché. Ce fut au moment où je rejetai la tête en arrière, que je croisai son regard, à la fille, et vis une interrogation dans ses yeux gris-bleu aussi clairs que la surface d’un lac en hiver. Je ne sais pourquoi il me vint cette image du Tao te King : « le vol des oies se reflète sur les eaux calmes du lac, ce reflet c’est le Tao ». Ses yeux riaient et je me sentis rougir, bêtement. Alors que je baissai prestement la tête, je crus deviner, l’espace d’un instant, l’ébauche d’un sourire sur ses lèvres et je ne sus quelle contenance prendre, comprenant que mon air sérieux ne la trompait guère.

…………..

  • Que décidez-vous ?

Je raclai ma gorge pour gagner du temps tout en cherchant mes mots.

  • Je pense que ce qui est bon pour la Confédération est bon pour l’individu.

C’était le genre de phrases dépourvues de sens qu’on nous inculquait à l’école. Cela eut l’air de leur suffire car l’espèce de cabot reprit d’un ton un peu plus enjoué :

  • Vous avez vingt ans révolus.
  • Oui, Monsieur.
  • Vous avez fini vos études il y a trois mois, mais vous ne travaillez pas, pourquoi ?
  • Je pensais voyager dans la Confédération, et puis je n’ai pas trouvé de travail.

Il eut comme un petit rire sarcastique qui en disait long sur ce qu’il pensait des jeunes, puis il continua :

  • Hum, bon. Vous êtes assisté par la Confédération depuis l’âge de douze ans…

……………

Oui, c’est exact, je me sentis obligé de me justifier. Ma mère ne pouvait pas me payer les études et mon père est invalide.

Il se contenta de hocher la tête avant de poursuivre :

  • Savez-vous quel est votre devoir en tant que citoyen confédéré ?
  • Veiller à la Sécurité et à l’Ordre, m’entendis-je répondre.

C’était encore une de ces phrases merdiques qu’on nous apprenait depuis l’enfance et que j’avais tant de mal à comprendre, vu que de sécurité y en avait pas besef et de l’ordre, à part les quartiers chics et le Centre-Ville c’était plutôt le bordel chez nous.

  • Savez-vous ce qu’on attend d’un Gardien de l’Humanité ?
  • Non, pas vraiment, hésitai-je.
  • Vous avez été intégré dans le service démographique, votre tâche contribuera à l’équilibre de la population. Vous savez en quoi cela consiste ?
  • Pas tout à fait.
  • Vous avez pourtant appris les bases morales de notre société ? dit-il un tantinet excédé, comme si cela expliquait mon ignorance.
  • Oui, répondis-je sèchement.

Il commençait à me les casser le gros toutou.

Il continua, sans relever mon mouvement d’humeur autrement que par un sourire amusé :

Vous rappelez-vous qu’elle est la base de notre progrès matériel et de notre survie en tant qu’espèce.

C’est l’élimination sélective démocratique.

 

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A propos de l'auteur : Pédro Campos

Né dans une famille modeste à Malaga (Espagne) il connaît les difficultés liées à l’immigration, d’abord à Tanger (Maroc) puis en France où il fait ses études sans grande conviction. Emmené par la vague de 1968, il rejoint les mouvements révolutionnaires en France puis en Espagne où il milite contre le franquisme moribond. Une fois les limites de l’action révolutionnaire atteintes et refusant le retour à la normalité aliénée, il décide d’essayer le fameux « retour à la terre » comme moyen de recréer une nouvelle réalité. Des expériences riches et douloureuses qui l’amènent à un repli sur soi et à la découverte de la paternité et de la lutte pour la survie quotidienne dans un monde qu’il ne reconnaît pas comme sien. Depuis toujours il écrit, poèmes, nouvelles et romans, qui n’ayant rien en commun avec la pensée unique, lui vaudront un ostracisme assumé. Il vit aujourd’hui à la montagne, et sa recherche n’est plus tournée vers l’extérieur de lui-même bien qu’elle contienne aussi la tentative de retourner dans le monde naturel qui l’environne.