07 juin 2021

Article de presse dans le journal “Le Monde” pour nos co-auteurs Alain Lafeuillade – Nicole Fau

Séropositifs au VIH : « J’avais 22 ans et, pour moi, c’était quelque chose qui ne touchait pas les jeunes »

Les personnes âgées de moins de 25 ans représentent 13 % des découvertes de séropositivité au VIH depuis plusieurs années. Choc de la découverte, effets secondaires du traitement, sérophobie… Quatre jeunes séropositifs racontent leur quotidien.

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Publié le 05 juin 2021 à 14h00, mis à jour hier à 14h12

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« Je ne m’attendais pas à ce résultat. Pour moi, à l’époque, le VIH c’était quelque chose qui ne touchait pas les jeunes. Je croyais que le virus ne pouvait pas m’atteindre. » Andréa a 22 ans quand elle apprend qu’elle est séropositive, en 2014.

Les personnes âgées de moins de 25 ans représentent 13 % des découvertes de séropositivité en 2019-2020, selon l’agence Santé publique France. Une proportion similaire à celle observée en 2017-2018. Cette donnée s’accompagne d’un autre chiffre préoccupant : 23 % des 15-24 ans s’estiment mal informés sur le VIH et le sida,selon un sondage dévoilé en 2019 par l’association Sidaction. Il s’agit du plus haut niveau depuis dix ans.

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Aujourd’hui, Andréa a 28 ans. Six ans après, la jeune femme, qui vit à L’Isle-d’Abeau (Isère), se souvient du « choc » engendré par le test revenu positif. « D’un coup, j’ai réalisé que ma vie allait changer et je me suis mise à pleurer. Je savais que je n’allais pas mourir demain. En revanche, j’étais terrifiée par l’impact du virus sur ma vie sociale et sentimentale. Je me suis dit : “C’est fini, plus aucun homme ne voudra de moi” », se remémore-t-elle.

Loïc, lui, a vu « [sa] vie défiler » au moment de l’annonce. « J’avais 26 ans et j’ai pensé : “Ce n’est pas possible, je suis beaucoup trop jeune. Je venais d’arriver à Londres, ça a été mon “cadeau de bienvenue” », ironise-t-il sept ans plus tard, ajoutant :

« Je pensais qu’il ne me restait plus longtemps à vivre, que je devais partir faire le tour du monde pour profiter de mes derniers mois. A ce moment-là, j’étais nounou. C’était un jeudi, il était 15 heures et je devais aller chercher les petites à l’école. Ma meilleure amie m’a mis un coup de pied au cul : “Allez, va bosser, la vie continue.” Ça m’a remis sur les rails. »

Les mois, parfois les années, qui suivent la découverte de la séropositivité sont souvent très difficiles à vivre sur le plan psychologique. D’autant plus à un âge souvent synonyme d’insouciance et de légèreté. « Je vivais dans la honte et le secret. De Mme Tout-le-Monde, j’avais le sentiment de devenir une pestiférée », confie Andréa, qui est passée par plusieurs périodes dépressives et qui a fait une tentative de suicide. « Certains jours, c’était vraiment dur de sortir du lit et de ne pas passer la journée à fixer le mur », abonde Loïc.

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A propos de l'auteur : Alain Lafeuillade - Nicole Fau

Le docteur Alain LAFEUILLADE, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital de TOULON, est investi dans la lutte contre le VIH/Sida depuis plus de 25 ans. Il est aussi professeur associé à l’université du Maryland (USA). Dans un premier ouvrage, intitulé Un Médecin ne devrait jamais dire ça, vendu à plus de 15 000 exemplaires, il dévoile les motivations qui l’ont conduit à lutter contre ce fléau. ************************************************************************************************** Nicole FAU est journaliste et réalisatrice. Diplômée de l’École Supérieure de Journalisme de PARIS, elle intègre l’équipe du journal Var Matin, comme stagiaire d’été. Elle deviendra successivement chef d’agence, à HYÈRES, puis à TOULON, avant de diriger le Service Reportage. Elle participe au lancement du magazine FEMINA et des pages Santé du groupe Nice-Matin. Collaboratrice de l’émission Les Maternelles sur France 5, elle réalise de nombreuses émissions, tournées dans la région PACA.