MATER DEI MEMENTO – Frères de Sang

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Gunther Hans, ancien journaliste reporter de guerre resté un enquêteur dans l’âme, devient la victime d’une angoissante expérience. Vapeurs d’alcool persistantes, fausses pistes, échappées pourtant belles sur les rives de la Méditerranée… la vérité n’apparaîtra qu’à l’issue d’une série de violences, volontaires ou non, initiées un certain 9 août. Le jour où, comme tous les 9 août, il avait jeté son bouquet de fleurs à la mer.

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Description

21 mars, 9H30. Il est rare que je dorme jusque aussi tard.
Le chat est survolté. Il doit essayer de me réveiller depuis trois heures, le pauvre.
La gueule de bois est cruelle.
Ma vision du monde est tournante. De petites fusées blanches embrouillent mes vieilles rétines.
Je m’en veux dans ces cas-là, mais pas trop finalement.
Nous avons tout de même passé une bonne soirée.
Je cours à mon poste traquer les radios qui donnent dans l’info locale, pour contrôler si l’escarmouche de cette nuit n’a pas laissé de taches médiatiques.
Non et c’est logique : sept coups de feu si tard, si vite, sans hémoglobine et sans traces (va chercher les impacts de balle sur les murs fatigués de Berthe…) ne risquaient pas vraiment d’ameuter le quartier, encore moins les confrères et encore moins de moins les limiers de la PJ.
Je pars, non sans effort, pour inspecter ma voiture. Juste un peu de boue sur le bas de caisse et les roues. J’irai la nettoyer à la station-service de Sainte-Musse.
En remontant je me fends d’un détour par la place du Chat-Mort afin que Roger me soigne. Il est le seul bistrot moco, à ma connaissance, et elle est vaste sur le sujet, qui serve naturellement du Gewurztraminer au comptoir. Un bon coup de blanc pour ce que j’ai, c’est l’idéal.
Je commande mon médicament et lui me regarde boire. Un verre. Deux verres. Un petit troisième.
Pour faire bonne mesure, il faut même faire péter une autre bouteille.
– Tu en avais besoin, dirait-on ?
– C’est vrai.
Il me désigne le flacon non entamé et ordonne :
– Celle-là on va la boire derrière.
Nous revoilà partis pour la tonnelle.
Roger prend un verre avec moi, ce qui me fait plaisir. Mais il me regarde d’une drôle de façon.
Son œil rit et perce à la fois.
Il dit :
– Tu as fait la fiesta, cette nuit ?
– Un peu, oui…
– Et puis t’as allumé un feu d’artifice, pour faire joli, aussi.
– Pardon ?
– Ben oui, t’avais de la poudre, ça aurait été bête de ne pas s’en servir…
– Que me racontes-tu ?
– Je te raconte que je sais tout ou presque, couillon. Et que tu m’aurais vu un peu plus en colère si ça ne c’était pas fini comme ça s’est fini.
– …
– C’est drôle, cette propension des intellos à prendre les travailleurs manuels ou les commerçants pour des abrutis.
– Pourquoi me dis-tu ça ? J’ai mal à la tête.
– Bois encore un coup.
– Dans la pagaille de cette nuit, ni les types de la Saab ni vous dans la Maserati, pas plus que les zigs de la même Kompressor que j’avais repérée pour toi – si tu t’en souviens – n’avez remarqué que deux Yam Fazer couraient derrière vous. Chacune montée par deux mecs en couverture pour vous surveiller, toi et ton pote à la noix.
Les uns en haut, pour suivre ta caisse, les autres en bas, reliés à leurs copains par cellulaire. Quatre minots en tout, pas très malins, mais excellents motards et absolument gagas niveau bagarre. Hier soir ils étaient surtout payés pour voir. Tu as impressionné celui qui était au guidon de ta Fazer, pour la qualité de ton pilotage. Pour le reste…
– Pour le reste ?
– Pour le reste tu as le cul comme une malle arabe, Hans.
– Pourquoi ?
– Je suppose que tu as écouté les radios ?
– Y a rien !
– Non, y a rien. Grâce à moi.
– Hein ?
Il me singe :
– « Hein » ? Figure-toi que par le plus grand des miraculeux hasards, tes quatre bastos ont touché au but. Groupées dans le dos du type au PM, tu sais ?
– Il est mort ?
Roger me re-singe :
– « Il est mort »? Tout ce qu’il y a de plus mort. A cette heure-ci il a fini de fournir son électricité pour une partie des foyers du Pont du Las, si tu vois ce que je veux dire.
Son allusion me désole. Une bande du Milieu sudiste, je le savais plus ou moins, a trouvé une combine pour se débarrasser des macchabées encombrants via les super fours de l’usine d’incinération de déchets à Lagoubran, ouest de la ville. Comme toute structure de cet acabit, elle fournit de l’électricité.
– J’ai pas fait exprès…
– Oh, je m’en doute. Ne te ronge pas les sangs. Le conducteur a lâché son copain et le PM dans un fossé de retour sur Toulon. Un amateur, c’est une certitude. C’est nous qui avons fait le ménage. Tout est fondu ou en poussière. Tu peux même garder ton Smith &Wesson, puisque pour le coup son casier est toujours vierge. Je ne veux pas savoir ce que tu fous, Hans, mais tu sais que je t’aime bien. A partir de maintenant, si tu retournes à la baston, ne me téléphone pas. D’ailleurs fais attention au téléphone, même et surtout au cellulaire. Pour le reste ne m’en veux pas si je joue à l’ange gardien. Tous les truands ont besoin de fignoler leur image intime. Moi j’ai trouvé : je donne dans le bénévolat. Je protège les grands policiers et journalistes varois. Pour l’heure, tu devrais te reposer.
Roger éclate de rire.
Arrivé à l’Hacienda, je boucle le portillon à double tour, je débranche le combiné fixe ainsi que le portable. Je bouffe deux Lexomyl.
Objectif dormir. Redevenir fort. Pour demain. Aujourd’hui est foutu.
J’ai tué un homme sans presque faire de bruit.
Je saurai bien demain s’il faut l’avouer ou pas à Guérini.
Je laisse mon corps à l’alcool et à la chimie qui ont vite raison de lui.
Sommeil.

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A propos de l'auteur : Claude Gauthier

Né en 1962 à Oran, il se retrouve à Nantes en 1968 avant de regagner les rives de la Méditerranée en 1972, dans le sud de la France. Journaliste professionnel depuis 1986 (avec des incursions dans la communication institutionnelle), il tombe sous le charme de la capitale varoise en 1989 après avoir couvert le procès des "baby killers" responsables de la mort de la députée Yann Piat. Quant à son goût pour le polar, sa rencontre inoubliable avec Frédéric Dard n'y est sans doute pas étrangère.