Marie La Soupe

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Paris – Mille neuf cent cinq
Félix Pollard, commissaire de la Sûreté en mission aux Halles, est confronté à la mystérieuse – et apparemment inexplicable – agression d’une marchande de soupe. Ses investigations le mettent rapidement sur la piste de bijoux, volés quelques années plus tôt. Le coupable est rapidement identifié, et il ne reste plus qu’à l’arrêter. L’affaire prend un tour inattendu lorsqu’on retrouve son cadavre dans les égouts. Le commissaire devra faire preuve de patience et de ruse pour retrouver les bijoux, et démasquer un criminel particulièrement retors.

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Description

Extrait n° 1

Prologue – Lignes 2 à 76

Le filet de lumière arracha à l’obscurité un visage bouffi, coiffé d’un bonnet étrange qui les regardait d’un air bonasse.

— Mazette, un Rembrandt ! Et en bas, j’ai repéré un Corot ! Tu m’crois si tu veux mais cette toile vaut autant que ce qu’on est venu chercher. Dommage que j’connaisse pas de cavetons pleins aux as qu’aiment la peinture hollandaise !

— Je préfère les bonnes femmes de Renoir. Depuis quand tu t’y connais, en peinture ?

Le Pianiste haussa ses épaules maigres en soupirant. Son ombre filiforme s’étirait sur le parquet ciré.

— On peut tutoyer les serrures et avoir de l’instruction ! Quand j’ai pris trois ans, à la Roquette, on m’a foutu avec un gars du Gang des Châteaux. Y m’en a appris plus que si on m’avait enchristé avec le directeur du Louvre. Quand j’suis sorti, j’ai ach’té des bouquins et j’suis allé dans les musées, comme un bourgeois. Ça m’botte vraiment, la peinture. Si j’avais l’temps…

Il se découvrit devant le tableau, et glissa sa casquette dans sa ceinture.

— Rembrandt ! T’as entendu parler de lui, tout de même ? Un des plus grands peintres de tous les temps.

— Tu changeras jamais ! Toujours le premier de la classe.

Une tête de lion en cristal de Bohême les observait, posée entre deux statuettes, sur une commode de bois marqueté. Sa gueule s’ouvrait sur une malédiction silencieuse.

— Sans charres ! Tu crois qu’on pourrait en tirer combien de ton… comment tu l’appelles déjà ?

Le Pianiste gratta ses cheveux rouges et se détourna en soupirant.

— Rembrandt. Mais rêve pas trop ! C’est pas not’ partie. J’la connais cette croûte, y a pas de regret à avoir. C’est un autoportrait que tous les marchands d’art connaissent… Invendable, sauf si tu connais un fourgue de première bourre.

— Oublie quand même pas qu’on a un turbin. Bon ! J’te rappelle qu’on a rendez-vous avec des durailles d’orphelins .

Le Pianiste s’agenouilla sur un tapis des Gobelins, et ouvrit sa mallette de cuir. Avec une précision de chirurgien, il aligna ses outils face au coffre-fort, examina l’épaisse porte d’acier, et promena sur le métal massif la lumière vacillante de sa lampe. Un sifflement léger s’échappa de ses lèvres minces.

— Y s’mouche pas du coude, l’Altesse !… Un Strong-Box, avec des parois d’acier de deux pouces et demi…   Serrante à clé plate et double combinaison… Y a pas mieux à la Banque de France. On voit bien qu’on est dans la Haute.

— T’as rien entendu ?

— T’inquiète ! Les tuyaux sont sûrs. Dans c’te crèche, y a qu’trois domestiques, trop vieux pour accompagner les patrons à Biarritz. Éteins ! J’me concentre mieux dans le noir.

— Tu vas y arriver ? J’ai entendu dire que ces nouveaux coffiots se laissent pas chatouiller facilement.

— Te chanstique pas le raisiné ! C’est pas parce que t’es le roi d’la serrure qu’il faut me prendre pour un demi-sel.

Tout en chuchotant, il plaqua contre le métal un stéthoscope de médecin, et fit tourner lentement les molettes chromées, guettant les cliquetis imperceptibles. De pâles rayons de lune se faufilaient entre les rideaux épais.

— C’est vrai qu’il est vicieux, le frère… Pire que le Bauche du Crédit mutuel mais c’est pas un coffre anglais qui va me tenir tête ! Je vais te le débrider, parole de Pianiste… J’y suis presque… Voilààà…

Extrait n° 2

Chapitre I – Page 21 ligne 16 à page 22 ligne 20

 

Avec l’aisance d’un maître de manège, Ludovic Poulet manœuvrait sa charrette surchargée de choux, de carottes et de raves blêmes, mal débarbouillés de leur terre grasse. Il se gara près du pavillon de la verdure, souffla dans ses doigts, et se débarrassa de son épaisse limousine en bâillant sans discrétion.

Archevêque broncha, en secouant la tête. Placide et imperturbable, le solide percheron avait parcouru – en habitué et à la seule lueur d’une lanterne accrochée à la ridelle – les chemins de terre, avant de retrouver les pavés sonores de la ville endormie. Le maraicher étira sa longue carcasse, et passa la main dans ses cheveux clairsemés. Sa ceinture mettait une note écarlate dans la symphonie campagnarde des légumes entassés en pyramides instables. Après avoir retiré son bulletin de placement et salué les grossistes qui déambulaient avec des regards faussement indifférents, il surveilla les forts qui déchargeaient sa marchandise. Lorsque la charrette fut vide, il vint saluer Marie.

Celle-ci hocha la tête en le voyant, s’efforçant de prendre l’air sévère.

— Te v’là enfin, croquant ! Reluquez-moi un peu c’te mine de papier bouilli ! T’as encore profité du voyage pour piquer un roupillon ! Encore heureux qu’Archevêque connaît la route !

Poulet enfouit son nez anguleux dans un immense mouchoir à carreaux, puis adressa un sourire carnassier à sa vieille amie.

— Toujours aimable, Marie ! Ça fait plaisir, moi qui ai fait un si long chemin pour te retrouver.

La marchande de soupe sourit, et essuya ses mains grassouillettes sur son tablier de grosse toile brune.

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A propos de l'auteur : Jean-Michel Joubert

Après une carrière de cadre supérieur, l’auteur partage son temps entre le Sud-Ouest et Paris, dont il étudie le passé, et plus spécialement la vie quotidienne à la Belle Époque. Marie la Soupe est son deuxième ouvrage publié.