Les microsillons d’Ivan Tartarov

7.99 

Ivan Tartarov… Fils du Tartare ? Rejeton du dieu basque Tartaro, ou Russe blanc en exil sur les pas d’un destin singulier ? Les très curieuses aventures d’un orphelin qui voulait apprendre à chanter.

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Description

Le grand Voratrat tendit la lance à Ivan qui la saisit sans hésiter un seul instant.

 

  • Ah ! Merci mon jeune ami ! Merci ! Et maintenant courez ! Droit devant vous ! Courez, sus au cochon rouge ! Votre pied nu et bandé ne gênera pas cette course fatidique car c’est la lance qui vous porte ! Buvez ce verre de vin de terre rouge, et élancez-vous !

 

Ivan vida le verre d’un trait et il s’élança en pointant la lance, droit devant lui. Aussitôt, il se sentit porté, soulevé vers une joute qui dépassait ses propres forces. Il trottina quelque temps en fixant la pointe de la lance, et l’horizon en face. Bien qu’il n’y ait rien en vue, le jeune héros demeura longtemps concentré, les sourcils froncés et un œil à demi fermé pour bien ajuster sa visée. Un point minuscule apparut droit devant dans l’alignement de la lance. Ivan accéléra sa course. Le point se mit progressivement à enfler. A n’en pas douter, il s’agissait d’un animal qui était lancé à pleine vitesse dans sa direction. Un nuage de poussière l’enveloppait et donnait, dans la distance, l’impression d’un typhon qui se déchaînait et balayait les terres rouges. Quelle puissance ! Quelle énergie formidable ! Ivan sentit un frisson lui parcourir l’échine, il raffermit un peu plus sa prise et accéléra encore sa cavalcade.

 

La forme se précisa et le jeune homme put discerner le monstre dans l’alignement de la lance. Il vit l’œil unique qui semblait occuper toute la largeur de la face hideuse et chose incroyable, l’œil tournait sur lui-même comme un disque à microsillons sur un gramophone des temps anciens, dans un cycle sans fin, hypnotique et sans autre alternative que celle d’une haine destructrice prête à tous les ravages, outrages et carnages ! Ivan éprouva une terreur nouvelle, et l’image du cochon rouge, telle qu’il était apparu sur la paroi rocheuse de la maison troglodyte, lui revint à l’esprit dans tous ses plus sordides détails. L’effroi le submergea !

 

Un instant, il crut être sur le point de capituler. Un hurlement déchirait sa poitrine, sans qu’il ne cédât tout à fait à la pulsion de l’émettre pour s’en libérer. Il agrippait encore plus fort le manche de la lance, serrait la mâchoire et des larmes coulaient de ses yeux. Le cochon rouge se rapprocha à une vitesse prodigieuse, et Ivan vit la gueule béante et les deux crocs saillants, encore sanguinolents du sang des innocents lapôtres, fondre sur lui. Il crut sa dernière heure arrivée. Et dans ce dernier instant qui précédait le choc, le héros eut encore la tentation de relever la lance, comme pour fuir la confrontation titanesque et abdiquer. Mais le fils du Tartare – le rejeton du dieu basque Tartaro ! – se ressaisit. Il ferma les yeux, et plongea la pointe acérée dans l’œil unique du cochon cyclope, en poussant un cri libérateur.

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A propos de l'auteur : Olivier Emont

Olivier Emont est chanteur. On a pu l’entendre, entre autres, dans les grands rôles mozartiens (Figaro, Don Giovanni), et il se produit régulièrement avec différents ensembles vocaux. Ce qu’il ne trouve pas dans la musique, il le cherche dans l’écriture, travail qu’il considère comme un aspect indissociable du processus de création artistique, d’introspection et de construction des personnages. Il garde de sa mère, disparue trop tôt (Nelly Emont, auteur d’une Introduction à l’ésotérisme), un goût certain pour l’imaginaire, l’ésotérisme et le conte fantastique. Avec Les Microsillons d’Ivan Tartarov, l’auteur aborde au fil d’un récit où se succèdent les péripéties, où s’assemblent curieusement les pièces d’un puzzle onirique improbable, et où affleurent les références musicales, le thème du poète, du rêveur, de l’artiste mis à mal par la réalité d’un monde brutal aux conflits destructeurs.