Le Nihiliste

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Il est fortuné, il est brillant, et il est très beau. Comme disent les femmes, « il a tout pour lui ». Ses aventures féminines ne se comptent plus.
Mais…
Mais, en ce milieu des années 80, Marc Frémont découvre soudain qu’il est le seul à vivre encore les rêves des décennies précédentes, que le monde dans lequel il pensait évoluer n’appartenait vraiment qu’à lui.
Et cette découverte le pousse à durcir tout d’abord son libertinage parisien, puis, en une quête éperdue, à fuir l’Europe de l’histoire pour se perdre dans une Afrique atemporelle, à transformer son métier de démographe en celui, plus dramatique, de trafiquant d’armes, pour finir, de transgression en transgression, sur les rives californiennes du Pacifique… jusqu’au meurtre ?

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Description

EXTRAITS DU LIVRE

— Je suis un ancien officier des marines ; j’étais commandant au Vietnam, où j’ai pris une balle perdue – il écarta son pull-over et montra la cicatrice qui coupait son épaule. Après la guerre, j’ai travaillé pour le gouvernement : je me suis occupé de contrats d’armement avec différents pays amis. C’est en 1978, quand j’ai eu des contrats en Angola avec l’UNITA, que j’ai commencé aussi à travailler pour mon propre compte. Toutes ces magouilles politiques me dégoûtaient… J’ai vendu tout d’abord des riot-guns aux fermiers blancs de Rhodésie avant l’indépendance, puis, pour des industries qui ne pouvaient écouler légalement leur marchandise, des armes légères un peu partout en Afrique et ailleurs, à tous ceux qui en demandaient. C’est un commerce fructueux, croyez-moi. Après tout, qu’ils s’entre-tuent ! Je vous choque ?

— Non.

Marc avait senti vibrer dans les paroles de l’homme sévère qu’il avait en face de lui une révolte bouleversante, et il sympathisait avec cette révolte qu’il ne pouvait s’empêcher d’identifier à la sienne. De son côté, Hans semblait troublé par ce « non » ferme et franc, et, les muscles du visage soudain tendus, le considérait de nouveau fixement… Marc l’imagina en tenue de combat dans le bush rhodésien. Il aurait aimé l’interroger sur le Vietnam, mais il craignait de réveiller des souvenirs douloureux. Il dit simplement :

— Je comprends pourquoi vous aviez l’air si sûr, l’autre matin, que cet avion était un avion sud-africain.

Hans ne répondit pas et continua de l’observer. Ses lèvres finirent par s’ouvrir :

— Que faites-vous en Afrique ?

— Comme vous, avec votre commerce d’armes : je fuis un monde que je n’aime pas.

— Et cela vous satisfait ?

— Non.

*********

Lorsqu’il reprit la route, il se consola en pensant que, de toute façon, cette femme ne le concernait pas. Elle était trop belle pour être désirée, n’existait qu’au-delà du désir. Elle n’était pas de celles qui engagent à la sensualité, plutôt de celles qui la biffent et incitent à l’ascétisme. Elle n’était pas de celles que l’on baise, mais de celles que l’on contemple et que l’on oublie. Elle ne pouvait entrer dans ses plans, pas même dans ses rêves… La nuit était descendue sur le désert, et il lui sembla que la menace de la pluie avait disparu. Dans le halo de ses phares, il aperçut bientôt la bifurcation vers la base spatiale d’Edwards – d’où, peut-être, était venue la Jeep –, puis, comme il atteignait les premières maisons de Mojave, longea une voie ferrée. Une locomotive jaillit dans la chaleur et l’obscurité, tirant un convoi de la Southern Pacific. Longue suite ininterrompue de wagons qui s’entrechoquaient à l’infini, hurlement des freins sur les rails. Il fut assourdi et, occupé à maintenir la voiture dans sa file, remarqua à peine la petite Datsun jaune qui le doubla et s’évanouit au premier carrefour. Le convoi s’étira, et il vit enfin les feux du dernier wagon s’éloigner sur la voie.

*********

La nuit tombe sur Pacific Coast Highway et, la capote relevée, il roule vers l’océan. Il roule vers Santa Monica où l’attend Megan. Des files de voitures s’accumulent en sens inverse, comme si toute la ville fuyait un cataclysme qui se propageait du nord vers le sud. Mais il remonte à contre-courant, et rien, pas même les feux, n’a encore pu ralentir sa chevauchée solitaire. Quand, à Manhattan, il atteint Sepulveda, des lambeaux de smog, par endroits, nappent la chaussée, et il appuie sur l’accélérateur pour les passer vite… Un flot de lumières tremblotantes au-delà de la brume, des maisons de bois sur la plage et des avions qui s’élèvent dans le lointain…

Il y a longtemps, bien longtemps qu’il n’a pas rejoint une femme pour la seconde fois. Il ne l’a pas voulu, ne le croyait plus possible, mais Megan l’attend. Il songe à son visage, à ces pommettes, à cette peau bronzée et si douce, à ce regard bleu posé sur lui, à ces yeux transparents qui l’attirent au fond d’elle-même ; il entend encore sa voix au téléphone… Elle a tué toutes les autres femmes. Elle l’a libéré de l’image de ces corps brisés, de ces traits pétrifiés et tuméfiés par l’ordure. Elle l’a libéré de tout et… il lui faut maintenant se libérer d’elle.

Dans moins d’une heure, ce serait fait, et, le surlendemain, lorsqu’il se rendrait à l’aéroport – dont il laisse aujourd’hui l’entrée sur sa droite – pour accueillir Hans, il pourrait crier à celui-ci qu’il est libre, complètement libre, enfin, après toutes ces années.

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A propos de l'auteur : Frédéric Monneyron

Universitaire et écrivain, Frédéric Monneyron a publié une trentaine d’ouvrages traduits en plusieurs langues, dont des essais très remarqués sur la mode et le luxe comme La Frivolité essentielle – Du vêtement et de la mode (PUF, 2001), La Photographie de mode – Un art souverain (PUF, 2010) ou L’Imaginaire du luxe (Imago, 2015), et des romans comme Dossier diplomatique (Michel de Maule, 2014).