La souffrance de trop… Témoignage d’enfants obèses

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Le poids du corps n’est pas seulement une affaire de calories, de régime, de génétique, il est l’aboutissement d’une trajectoire complexe et singulière à chacun, à la jonction du social et de la psychopathologie. Avoir un corps obèse représente une véritable souffrance pour la plupart des enfants ou adolescents rencontrés au cours de notre longue pratique de psychologue clinicienne. Les lettres de motivation qu’ils ont écrites lors de leur première consultation afin de demander une prise en charge de leur obésité en sont une remarquable illustration. Leurs histoires de vie relatées dans leurs lettres témoignent de la façon dont ils ont vécu leur entrée dans l’obésité. Elles nécessitent une mobilisation de tous ceux qui sont concernés par le problème de l’obésité. Mais elles montrent aussi que, quelle que soit la provenance de la menace, venue de l’intérieur ou de l’extérieur, le caractère le plus inquiétant pour l’équilibre des enfants est lié au risque d’impuissance devant le danger présumé.
L’objectif de cet ouvrage, à travers des illustrations cliniques vivantes et précises, est de convertir le regard, de faire en sorte que le corps obèse ne soit plus enfermé dans l’espace clos des représentations et dans celui du contexte social qui dicte sa loi, afin de susciter une réflexion éthique.

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Description

EXTRAITS DU LIVRE

L’obésité se situe à la croisée de la science et de la culture, mais en même temps, ce phénomène ne peut rester en dehors des bouleversements sociétaux. La meilleure illustration réside dans la fonction d’un modèle alimentaire qui s’est peu à peu imposé, en étant censé gérer l’anxiété alimentaire au sens le plus large du terme.

Au fil des époques, le rapport du mangeur avec les aliments s’est régulièrement modifié.

À l’abondance retrouvée des années 50, après la guerre, a succédé la méfiance progressive envers certains aliments comme le sucre, la viande, les colorants. Et lorsque le « manger sain » s’est inscrit dans une nouvelle image que l’on avait de soi, c’est comme si le rapport à l’aliment s’était subtilement ajusté au bien-être du corps.

Le mangeur évolue, l’aliment évolue, l’aliment véhicule toutes sortes de symboles plus ou moins bien perçus, plus ou moins inattendus.

Cependant, « penser » son alimentation prend un sens nouveau quand il s’agit de décisions prises autour de l’enfant, car le rapport de l’enfant au nourrissage, à l’alimentation s’avère être déterminant dans la psychologie de l’enfant jeune. Donner à manger à son bébé fait partie des gestes de base, l’une des fonctions primaires du maternage, avec l’endormissement.

Les soins de la mère véhiculent donc des messages, des valeurs, des convictions par rapport à sa culture et à son groupe d’appartenance. Et à l’adolescence, ce ne sont plus les soins maternels, mais les soins que l’adolescent apporte à son corps qui illustrent une mise à l’épreuve de ses limites dans sa recherche de modèles sociétaux.

Si, dans la majorité des cas, on observe que l’obésité ne se constitue pas à l’adolescence, elle est souvent déjà en cours d’installation dès l’enfance.

L’enfant naît dans un espace familial et social organisé et apprend à manger suivant certains modèles familiaux. Or, il arrive que les inquiétudes parentales et médiatiques par rapport à la nourriture surviennent à des périodes de vie vulnérables de leur enfant : celles où ont lieu des apprentissages fondamentaux comme la formation du goût, le plaisir alimentaire partagé ou même la construction du registre alimentaire propre à chacun. La situation peut alors s’avérer confuse pour l’enfant compte tenu des différents messages qu’il reçoit.

Les aliments sont associés à quantité de souvenirs et de situations. Tout enfant arrive avec une histoire, une famille, et se construit suivant une trajectoire singulière. Il suffit de repenser à la fameuse madeleine de Proust pour réaliser que nous avons un rapport émotionnel à la nourriture. Les aliments par les souvenirs qu’ils évoquent, par les associations qu’ils suggèrent ont une signification symbolique et vont bien au-delà de ce qu’ils rappellent ou de ce qu’ils représentent, un peu comme s’il y avait confusion entre la bouche qui parle et celle qui mange…

S’il n’y avait aucun plaisir dans le fait de manger, si on mangeait toujours seul, est-ce qu’on mangerait moins bien ? C’est tout à fait possible.

La nourriture est porteuse d’une charge affective. Elle organise la manière dont l’enfant construit son mode d’être au monde et aux autres. Tant et si bien que le recours à un régime crée parfois plus de problèmes qu’il en résout et peut même devenir déstructurant. Certes, le rapport au social et à l’idéal du moment a lui aussi ses effets. Ce n’est pas parce qu’un enfant s’est psychiquement construit en fonction d’une histoire qui lui est singulière qu’il n’est pas marqué par un milieu social qui le rattrape ou le dépasse.

Mais lorsque la nourriture a une fonction de décharge possible contre l’angoisse, le poids devient « l’arbre qui cache la forêt ».

Quoi qu’il en soit, que la menace vienne de l’extérieur (environnement familial et/ou social) ou de l’intérieur (constitution), le danger que représente l’impuissance à gérer ce que nous appellerons les émotions alimentaires génère des histoires de vie bien particulières.

Les lettres des enfants en sont le témoignage.

Cette allégation peut être déclinée au travers de certaines questions sur lesquelles nous reviendrons, après avoir pris connaissance des récits des enfants et des adolescents.

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A propos de l'auteur : Marlène Dreyfus

Docteur en Psychologie de l’Université Paris XIII Diplôme de Psychologie pathologique, Institut de Psychologie, Université Paris V Psychologue clinicienne titulaire à l’hôpital pédiatrique Armand Trousseau (Paris) Organisatrice au sein du service de gastroentérologie et nutrition pédiatriques d’un groupe d’éducation thérapeutique pour la prise en charge des enfants obèses et de leur famille Participation à la formation, l’information et la prévention ainsi qu’aux actions de recherche clinique et d’évaluation Enseignante à Paris V, au CNAM (Dép. ISTNA) et au DU de l’obésité de l’enfant à Trousseau (Paris VI). Consultante en nutrition pédiatrique dans les maladies digestives et chroniques et dans les troubles du comportement alimentaire (TCA) Consultante experte-psychologue en obésité de l’enfant à l’HAS Présidente Association D.E.P.A.R.T. (groupe de réflexion, psychologue-diététicienne à Trousseau autour de l’alimentation de l’enfant et de l’adolescent)