La fille des sables

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« Au fur et à mesure de ces rencontres, grâce à l’attention qu’elle mobilisait, la jeune Samia devint dépositaire de tous ces secrets, elle les portait, ferait vivre cette part d’elle-même, les transmettrait à ses propres enfants le moment venu, du moins à ceux qu’elle jugerait dignes de les recevoir. Besoin impérieux, une mission en quelque sorte.

         Elle était bien devenue fille des sables… »

         Enfant préférée de la famille, son père Ali désire qu’elle soit « jamâya », professeure de faculté ; départ en France pour un troisième cycle d’enseignement supérieur dans une université française.

         Va-t-elle relever tous les défis que son père lui présente et qu’elle accepte ?

         Beaucoup de scènes, de portraits dans le roman qui donnent une vision de la vie nomade des Touaregs, en l’occurrence la tribu des Aït Ba Amrane.

         Déjà paru un roman également exotique : « Un Été… sauvage ».

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Description

Extrait 1 :

Aït Ba Amrane et toute la tribu vivaient loin, très loin d’ici. Populations nomades, vêtus de bleu, souvent la barbe acérée, hostiles à toute vie citadine. Leur rôle essentiel : désenclaver les villages les plus reculés, apporter le sel aux grandes villes de la côte. Très habiles dans l’art du négoce…

Un des leurs, Ali, jeune Touareg, s’était établi dans ce lieu un peu isolé,  avec l’océan à proximité dont il avait fait l’apprentissage, une longue et difficile épopée. Il aimait le sable, élément constitutif de sa personne : sa proximité, le fait qu’il suivait l’homme dans tout ce qu’il accomplissait, présent en tous lieux. Celui que le vent projetait disparaissait vite dans l’eau, ne pouvant échapper à une noyade certaine. En revanche, quand le souffle venait de la mer, les fines particules s’insinuaient partout, en ordre dispersé, s’invitaient dans les différentes parties de la maison, s’appropriaient tous recoins inconnus, en hôtes illégitimes que chacun aimait chasser ; mélangées aux corps des femmes, à ceux des hommes qui s’en apercevaient quand, le soir venu, ils se dévêtaient. Il fallait sans cesse s’en débarrasser, le sol se trouvait souillé… tâche harassante dévolue à l’épouse, à ses filles.

Extrait 2 :

Maintenant, elle était bien là, balayait la première naissance du frère aîné d’un banal revers de main. La puînée allait ravir le cœur de tous ceux dont le regard s’attardait sur sa personne. Heureux augure !

Le jeune papa pleinement conquis, satisfait, aux anges, prémisse probable de l’accès à une sorte de paradis. Cet attachement allait se muer en passion et qui peut-être jamais ne le quitterait… Désormais, un homme nouveau regagnait la demeure familiale. Métamorphosé, il était amour, adoration, élancement, passion ; pouvait-on ajouter autre chose ? Il pénétrait dans une spirale étourdissante, la venue de cette enfant dicterait sans doute ses actes, orienterait ses pensées, accaparerait ses regards même les plus dissimulés.

Le père était tout à sa fille…

Extrait 3 :

Ali proche du berceau où reposait l’enfant préférée ; comme à l’accoutumée, il la contemplait alors qu’elle dormait paisiblement son sommeil. Le visage était serein, tout de grâce et affirmait une féminité qui ne demandait qu’à éclore. La chevelure prématurément abondante recouvrait en partie le front ; les yeux étaient finement dessinés en amande, on ne pouvait que le remarquer. La peau déjà mate, à la teinte uniforme ; des lèvres, de configuration régulière, épaisses, charnues, laissant deviner la gourmandise, une appétence de la vie. Les deux mains jointes reposaient sur la poitrine. Samia dormait, dormait à n’en plus finir, avec un souffle régulier; parfois un étirement et puis tout le corps reprenait sa place initiale pour un repos profond paraissant interminable, seule la tête avait glissé sur le côté. Touchante de délicatesse et de beauté alors qu’elle entrait dans la vie. Devenue grande fille, elle ne manquerait pas d’attirer les regards, de séduire aussi, source de jalousie dans l’esprit de son père. Mais on pouvait augurer qu’elle aurait une beauté paisible, celle contre laquelle le temps n’a pas de prise, qui attire les regards, les transcende, écarte les instincts que l’on peut qualifier de vils. En l’observant prendre du repos, on pouvait imaginer que dès la naissance le sort l’avait distinguée, comme il plaît à la nature d’affirmer certaines prééminences, agissements relevant du simple caprice. Le berceau posé dans la pénombre de la pièce était neuf, elle l’avait étrenné, la mince couverture cachant le corps de Samia, de couleurs ondoyantes, pouvait surprendre un regard non averti ; c’étaient des étoffes qui protégeaient les enfants de la caravane quand la nuit descendue du ciel apportait silence et délassement. L’appartenance à la tribu des Aït Ba Amrane.

Petite princesse, elle prenait place dans l’immense galerie des femmes d’Orient dont le destin semblait attaché à leur indicible beauté, au charme infini qui, lorsqu’il a pénétré le cœur des hommes, plus jamais ne peut le quitter. Il vous poursuit sans cesse, long écho fait de sonorités variées et harmonieuses. Le père eut du mal à quitter l’endroit, partit sur la pointe des pieds, évita de gêner le sommeil de celle dont la  présence le troublait toujours autant.

Extrait 4 :

« Je suis tout jeune, placé sous l’aile protectrice de l’Oncle, le chef de la caravane, celle des Aït Ba Amrane. Grand, l’œil luisant, allure martiale quand il déplie son immense silhouette, c’est lui qui a accompagné mes premiers pas dans la vie. Je lui dois tout, absolument. » Une courte pause, l’émotion l’étreignit ; Samia admirative, bouche bée. Il poursuivit.

« Inlassablement, à l’arrière des gens de la tribu ; je trottine, je trébuche, les cheveux déjà longs et les lèvres recouverts de sable, les fines particules qui sont le sol qui accueille nos pas. Nous sommes les gens des déserts, de langue amazigh, de race touarègue. Je me porte à la hauteur de ma mère, un frère et une sœur agrippés à sa longue robe noire. Sans me regarder, elle met la paume de sa main sur le sommet de mon crâne; ainsi les « djenouns » aux actions malfaisantes, dont on doit se défier, auxiliaires du diable, « shettan » ne troubleront pas le déroulement de la journée. Je me le rappelle comme si c’était maintenant ».

Ali n’avait pas vu le temps passer. Il frotta ses yeux humides de larmes. Ton un peu insistant de Samia, il fallait rentrer. En s’appuyant sur l’épaule de son enfant préférée, Ali marchait lentement, l’esprit encore rempli des vastes espaces qu’aucun regard humain n’embrasse jamais complètement. La nuit enveloppait déjà l’espace illimité qu’était la plage.

Extrait 5 :

Marinette, la logeuse, était une personne marquée par l’âge, habillée simplement, petite de taille, un peu ramassée sur elle-même, signe probable de ses nombreuses années de vie difficile, mais malgré son discours à tonalité injonctive, la vieille dame montrait une certaine bonhomie qui émanait de sa frêle apparence. Elle avait dû être échaudée par les frasques de la locataire précédente, aussi prenait-elle les devants afin d’éviter de nouvelles déconvenues.

« Je comprends », souffla l’étudiante en regardant Marinette. Sourire de la vénérable dame.

Et le rapprochement entre ces deux personnes esseulées fut presque immédiat. Samia avait « presque l’âge de sa fille aînée » établie en région parisienne ; elle oubliait de plus en plus sa propre mère, abandonnée dans cette ville rouge enrobée de soleil, tremblante sous la force des vents violents. À ses yeux, l’étudiante avait du mérite ; d’ailleurs, elle répétait, attendrie, émue, la voix mal assurée en raison d’une émotion naissante :

« Venir de si loin, seule, en autocar, ce n’est pas rien. Une vraie leçon de courage pour nos propres enfants que nous avons trop gâtés et qui se détournent quand la vieillesse et la maladie nous privent de la force nécessaire à poursuivre notre chemin… »

Leur entente fut scellée de manière naturelle, sans qu’aucun effort ne soit nécessaire. Marinette avait besoin de cette présence, de cette jeunesse à peine épanouie, de ce sourire inaltérable. La jeune Marocaine avait de multiples beautés ; bien sûr, celle qui sautait aux yeux dès que tout regard caressait sa personne, fût-ce de manière hasardeuse ; elles émanaient de ses traits réguliers, de l’exotisme du visage toujours agréablement hâlé, de la démarche lente et assurée. Elle possédait l’avantage d’être remarquée, d’attirer, de plaire, de charmer sans recours aux artifices de la séduction ; nantie aussi d’une beauté intérieure qu’un œil averti retient dès que la conversation est entamée. Jamais Samia n’adressait de critique à quiconque, toujours mesurée dans ses propos. De manière discrète, elle avait le souci des autres, apportait réconfort, aide, amitié, sans que cet élan ne faillisse un jour. « C’était à vie », affirmait-elle…

Extrait 6 :

Il usa de toute sa force, de sa volonté afin de fléchir les ultimes résistances, dans une lutte aux forces inégales, la jeune fille comparable à une luciole qui tournoie autour d’une grosse lampe. Elle était captive du débordement de cet homme qui, progressivement, étalait sa domination. Elle ne pouvait dire mot ; il demeurait serein, écartant le moindre doute quant à l’issue de son entreprise. Les mains de la jeune fille pressées passionnément. La porte d’entrée de la plus grande chambre était entrouverte, la pièce déjà accueillante. Samia fut bien consciente de ce qui se tramait, mais son corps ne se raidissait pas, il s’associait à celui dont l’ascendant était manifeste. Il l’entraîna. La victoire aux dépens de l’étudiante acquise à l’arraché.

Leur première nuit commune commença… prolongée jusqu’à l’aube.

Il prit sa jeunesse, le fruit jusque-là défendu était à cueillir, « arracha » sa virginité. Ses instincts de mâle occupèrent une place insoupçonnée, une soif de revanche brûlait en lui… « J’ai tellement attendu, un autre aurait pu faire ça à ma place ! Et puis la femme doit l’obéissance.  »

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A propos de l'auteur : Roger Louis Bourrel

Originaire des Pyrénées, Roger Louis Bourrel manifeste assez tôt un goût prononcé pour la civilisation arabo-musulmane. Lors d’un voyage, il découvre l’Alhambra de Grenade. Une véritable révélation. Professeur de lettres et conseiller pédagogique, il bénéficiera d’un détachement à Meknès. Rapprochements suivis avec la terre d’accueil, les gens, leur culture qu’il approfondit. Inscrit à un mémoire sur l’appartenance à la patronymie judéo-arabe à Grenade, encadre le travail d’une étudiante marocaine. Il avait accepté un détachement à Abu Dhabi… qui ne pourra se réaliser.