Dimensions sur le rêve

9.99 

Génie employé par une petite société, Vincent conçoit GénériX, programme révolutionnaire. Mais un homme d’affaires s’approprie le programme de façon déloyale et en confie l’exploitation à un chercheur d’étoiles déjanté. De son côté, cœur et moral en déroute, Vincent, inspiré par un rêve étrange, fait évoluer sa copie de GénériX vers des capacités insoupçonnées. La conjonction d’événements extraordinaires et de conflits d’intérêts va conduire Vincent vers le chercheur et, de manière inimaginable, lui permettre de retrouver celle qu’il a quittée. GénériX va unir le destin des deux hommes et leur faire réaliser et comprendre leurs rêves d’amours et de voyage au-delà de l’étrange.

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Description

EXTRAITS

Après quelques verres et un peu de rigolade, Vincent et Hariès, détendus, sortent du labo. Discussion au clair de lune. Silence, froissement des mains dans les poches. Ils se dirigent vers le promontoire. Le point de vue a estompé la coupole dans les ombres du relief.

« Ce ciel est magnifique, fait Gaba depuis le surplomb, et l’atmosphère est d’une pureté exceptionnelle. Pourtant, j’en ai vu d’autres, des pires et des meilleurs. Près de mon dernier site, près de Cambera, l’action de l’homme a généré une pollution lumineuse. Ici, les gens respectent la montagne et les esprits qui les habitent au point que personne n’ose fumer dehors, de crainte de corrompre la conscience de l’air… Ça me met à l’aise, je ne fume pas et n’affectionne point la fumée. »

Moins cinq degrés Celsius. On ne peut pas dire qu’il fait froid parce que, l’alcool aidant, la statique de l’air préserve du frisson. La buée de l’expiration, piégeant la lumière résiduelle, raye dans sa profondeur le cristal limpide de la nuit. Les épaules sombres de la montagne recueillent les pellicules de lumière tombées des étoiles. Vincent tend une main blafarde, presque à toucher du doigt ces lampions qui se distinguent avec une précision surprenante dans cet aquarium de ténèbres. Mais les doigts se referment sur du rien, ne révélant de sa teneur qu’une interrogation insoluble. Il se remémore cette impression de découverte ce soir-là dans son lit, quand il jouait avec les points de vue de sa propre main. Quel chemin parcouru, avec la même question silencieuse reportée dans le ciel ! À part le visible immédiat, rien, un immense rien cernant la Terre, et qu’une myriade d’étoiles n’arrive même pas à densifier, seulement à éclairer, comme des lucioles le feraient d’une autoroute. Vincent et Hariès savourent un instant la limpidité du silence. La pénombre et la paix des hauteurs donnent au volume impalpable de l’espace une sorte de consistance spirituelle. Pas de diffraction, aucune couronne de réfraction pour auréoler la Lune, ni surface ni fond, rien de visible n’emplit ni ne pollue l’océan de vide dans lequel la terre se rue sans un bruit…

« Peut-on dire “dans” quand c’est du rien ?, pense Gaba de son côté. Le champ de gravité qui tire nos pieds dans la montagne retient notre conscience dans le palpable et le mesurable, mais là, au-dessus de nous, partout autour, le néant de la nuit révèle et recèle tous les volumes. Le problème du jour, c’est la lumière ; l’esprit, distrait par la vivacité des couleurs, les bruits, et par toutes les sensations, n’arrive pas à sortir de la dialectique matérielle. On a trop les pieds sur terre pour appréhender le néant qui nous baigne, qui nous a secrétés même. La peur du vide a poussé les mathématiciens à le structurer et à l’exorciser avec des courbes et des perspectives. En conséquence, nous continuons à tracer des plans et des trajets dans l’espace pour mieux l’investir. Prisonniers de nos propres limites, notre conscience n’en saisit aisément que les interfaces, là où les forces convergent et dévient. Le corps n’est qu’une interface, les forces invisibles qui composent le néant s’y rencontrent et s’y mesurent. Il faut purger sa conscience pour que l’universel se révèle en nous. Il faut sentir les forces qui nous régissent pour comprendre l’univers qui les gouverne. Les planètes et leurs créatures sont des sécrétions de soleils, la liaison de l’univers se fait dans le vide. »

Gaba poursuit à voix haute, comme si ces réflexions muettes avaient été inspirées dans un creuset commun :

« L’homme est tombé du ciel, Vincent. Il cherche à atteindre la Lune, Mars et les étoiles, mais tout passe par le vide. Les anciens sages disaient que c’est le chemin qui compte, plus que le but. Le secret est là-dedans, dit-il enfin, en faisant tourner son doigt sur un écran de ciel sans étoiles, dans la vacuité, les gouffres, les forces du vide.

— Des forces invisibles qui nous remplissent, n’est-ce pas, Hariès ?

— Oui. Au boulot, à la première heure demain ; dans votre secteur, vous êtes patron, et nous mettrons autant de mains que vous voudrez sur vos claviers… Bonne soirée, Vincent.

— Bonsoir, doc… »

La lune déroule un tapis de soie brillante dans le sillage des deux hommes.

 

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Vingt-deux heures trente… Vincent a laissé le doc dans ses bureaux. Il fait le détour rituel par Chronos. Le travail est si prenant que c’est à se demander si ce n’est pas une partie de plaisir, un film avec un scénario à surprises, un jeu. Ça lui rappelle ses plus glorieuses heures de gamer, il passait jusqu’à trois jours d’affilée sur son pad, parce qu’il était prisonnier de Land of Lore, Doom, Far cry, il avait même trafiqué le repérage 3D de Silent Hunter. Il avait enfin écumé tant de jeux qu’au bout d’un moment, c’était devenu une drogue. Le loisir et la programmation se mêlèrent au point qu’il lui fallut deux écrans pour mener de front les deux activités. Certes, son rendement en prenait un coup, mais, après quelques années d’un pareil entraînement, il était devenu imbattable dans la gestion simultanée de tâches différentes. Avec exactement la même sensation, presque quinze ans plus tard, il se remet devant l’écran ce soir, tellement absorbé par son sujet qu’il revient toujours à l’ouvrage comme ramené par un élastique.

Il est seul, enfin presque, puisque, comme d’habitude, il salue machinalement Chronos (comme on peut saluer une machine).

« Bonsoir Chronos, c’est moi, toujours pour peaufiner mes clones.

— J’ai bien vu que c’est toi, Vincent, tu ne veux toujours pas m’appeler Alix ?

— Alix ? Mais c’est sa voix… ta voix, pardon. Comment est-ce possible ? C’est une connexion web ?

— Ce n’est pas difficile, j’ai assez d’éléments pour extraire la voix d’un organisme si joliment cloné.

— Bonjour, Alix. Mais, es-tu bien toi, jolie Alix ? J’aimerais dire : tu vas bien depuis que nous nous sommes quittés ?

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A propos de l'auteur : Jean-Claude Jestin

Jean-Claude Jestin est vétérinaire. Ses autres passions sont centrées sur la famille, les arts martiaux, la défense de l’environnement et, bien sûr, l’écriture. Comme ses autres romans, Dimensions sur le rêve est inspiré par un songe. Bien avant leurs avènements, il prévoit l’impression 3D organique et le voyage dans l’espace-temps. Les rêves se réalisent un jour, d’une façon ou d’une autre, même sous le semblant du hasard. Le désir et la passion en font le germe…