AMINA -Ou la Paix de Dieu

10.90 

Alani Sierradoro embarque à bord du sous-marin Le Flamboyant alors que la grippe Amina exerce ses ravages sur les cinq continents. Tour à tour cuisinier, chasseur, constructeur de voiliers, ou espion, sa longue errance le mènera de l’Antarctique à l’Amérique en passant par Vladivostok, Genève et Paris… Au cours de son voyage, il sera confronté à la folie des hommes, à la fureur de la nature. Autant de rencontres qui forgeront son caractère et modifieront profondément sa personnalité. Au soir de sa vie, vieillard grabataire dans sa cabane, en pleine tempête, il se remémore ses aventures, se rappelle ses amours torrides, ses tendres passions, dans un monde dévasté régi par la loi du plus fort ou du plus rusé.

Délire cauchemardesque provoqué par la douleur et les drogues ou réalité d’expériences intenses et multiples ?

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Description

EXTRAITS DU LIVRE

À travers la fenêtre est qui commence à se couvrir de givre, je vois le bison. Il est là depuis deux jours, immobile. Je pourrais le confondre avec une statue de glace si je ne voyais pas les volutes de son souffle et si, de temps en temps, un long tressaillement ne secouait son corps, en partant de la croupe jusqu’à la tête, pour en chasser la neige. Il a été exclu, par de plus jeunes mâles, des troupeaux qui parcourent les plaines et les montagnes et qui disputent leurs territoires au bétail et aux chevaux revenus à la vie sauvage.

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La perche tendue est trop tentante, le sentiment de victoire trop intense, l’idée de clouer le bec de ses homologues masculins trop forte. Elle n’a pas pu s’empêcher de répondre elle-même. Par cette simple phrase, elle se place dans la situation de l’inventeur de la bonne idée qui, immanquablement, ne pourra être que mauvaise. Par cette simple phrase aussi, elle en assume par avance la portabilité. La Reine Noire se retrouve emportée par son mouvement en plein centre de l’échiquier. Elle est désormais trop avancée pour pouvoir reculer. Elle ne le sait pas encore, mais les deux fous blancs viennent de la mettre en échec.

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Le silence revient peu à peu dans la cabane. J’entends Irina qui marche de long en large à l’étage. Sa fenêtre qui s’ouvre, qui se ferme. Des meubles qu’on déplace. Je me sens malade de honte, de douleur. Je revois les yeux de Sergueï débarrassés de leur folie qui me supplient. Emmitouflé dans mes fourrures je reste assis dehors devant la porte, le soleil dans les yeux. Au loin, le trou noir à la surface du lac se referme lentement. Le soleil tourne, les ombres changent. L’une d’elles s’allonge démesurément et bouge au gré du vent qui se lève. Au-dessus de ma tête, le corps d’Irina se balance au bout d’une rallonge électrique.

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La solution s’impose d’elle-même. Je vais remonter au nord, puis tourner à gauche, et continuer tout droit. Je souris en imaginant la voix féminine d’un GPS me donnant ses instructions pour ce voyage.

— En sortant du jardin, prenez à droite. Ensuite, prenez la première piste à votre droite. À 400 kilomètres préparez-vous à éviter un gros rocher. Restez sur votre gauche. À la montagne suivante, prenez à gauche, deuxième sentier, puis, continuez tout droit sur 8 000 ou 9 000 kilomètres. Face à l’océan Atlantique, ralentissez. Vous êtes arrivé.

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Quand on est affamé, frigorifié, battu, violé plusieurs fois par jour on peut encore se révolter. Mais quand on a soif au point d’avoir envie de se déchirer les veines à pleines dents pour boire son propre sang, on perd pieds très vite. Il n’existe pas de pire torture. Il n’y a plus qu’une chose qui compte : la petite tasse d’eau qui vient en récompense.

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Alors j’ai parlé des trois salopards, à Stanley, mon ami, qui à la fin de mon récit a prononcé le seul mot vulgaire jamais sorti de ses lèvres en deux ans, « putains d’avocats ».
Comme il me l’a demandé, je lui ai rendu le deuxième service. La douleur devenait insupportable. Stanley m’a regardé et m’a dit : « Maintenant, mon ami, s’il vous plaît »j’ai appuyé l’oreiller de plumes sur son visage, longtemps, secoué par les sanglots. Il s’est à peine débattu. J’ai tué mon ami. J’espère que son Dieu me pardonnera.

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À mes pieds, je contemple mes prises avec un mélange de fascination et de dégoût. Indiscutablement il s’agit de deux silures de très grosse taille. Leurs formes plates, leurs gueules énormes et leurs barbillons ne laissent pas de place au doute. Pour le reste, ils ne ressemblent à rien de ce que je connais. Des excroissances sortent de leurs corps. Les nageoires sont atrophiées ou inexistantes. La peau du premier est couverte de taches claires vaguement rosées. Le deuxième est un albinos dont le blanc tire sur le jaunâtre. Je n’essaie même pas de retirer les hameçons pris dans les gueules béantes. Je coupe les fils, laisse les monstres agoniser sur le sol et quitte en courant le bord du bassin de refroidissement de la centrale nucléaire de Tchernobyl.

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L’embouteillage monstre a été une zone de conflits dont témoignent les impacts des projectiles sur les carrosseries et les douilles de cuivre vert de gris sur le sol. De loin en loin, un blindé de l’armée ou ce qu’il en reste. Pas de squelette. Le feu affamé a tout avalé, plastiques comme matières organiques, ne laissant que des cendres, que le vent et la pluie ont emportées il y a bien longtemps.

De vastes îlots ont échappé aux flammes pour de mystérieuses raisons. Les véhicules affaissés sur leurs pneus dégonflés sont restés quasiment intacts, vides de leurs occupants, portières et coffres ouverts pour la plupart, signes de l’urgence, de la précipitation, de la fuite à pied, mais dans quelle direction, vers quelles destinations ?

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L’absence de lumière, c’est pour cette raison que ni Papi et moi ne l’avons vu tout de suite. C’est seulement quand un pâle soleil a commencé à filtrer à travers les nuages que nous avons remarqué le bout de carton accroché, avec du fil de fer, à ce qui restait du pot d’échappement. Papi a tendu la main et l’a retourné. Il y avait un mot écrit dessus en grosses lettres. Nous l’avons découvert en même temps : « COUCOU ».

Papi s’est redressé et s’est cogné la tête contre le châssis. Alors j’ai senti un petit coup sur ma botte droite et j’ai entendu sa voix pour la première fois.

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En pêchant hier, sur la jetée du port, j’ai tenu une longue conversation avec un goéland posé sur un rocher, à quelques mètres de moi. Je me rappelle bien les termes de nos échanges. D’abord la pêche et les poissons. Vu le cadre, c’est une entrée en matière naturelle et qui s’imposait. Puis, nous avons dérivé, vers la pollution, la météo, le golf. Lui et moi étions faits pour nous entendre, car nous étions d’accord sur tout. Je ne sais plus comment nous en sommes arrivés à parler de politique, ni lequel de nous deux a lancé le sujet, mais on a fini par se disputer, moi criant, lui piaillant. Espèce de facho. Il a fini par s’envoler, à bout d’arguments, en lâchant une longue traînée de fiente verdâtre

 

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A propos de l'auteur : Alain Gradiski

Cadre territorial âgé de 57 ans, Alain Gradiski est un passionné de voyages, de nature, de pêche et de golf, mais aussi de romans d’aventures. Amina, la Paix de Dieu est son premier roman.